Prédication du 25 janvier 2026 - Ephésiens 4.25-5.2 - Pour de saines relations dans l’Eglise - 1. Que faire de la colère ?

 

 



« Devenez une personne nouvelle ! ». Nous avons médité la semaine dernière cet appel que l'apôtre Paul adresse en Ephésiens 4, à tous ceux qui ont mis leur foi dans le Christ.  Une personne nouvelle. Parce qu’en venant habiter en nous par son Esprit, Jésus a commencé à nous recréer, nous ressusciter intérieurement. A nous de travailler avec lui à ce renouvellement, en nous débarrassant de ce qui appartient à notre vie sans lui pour nous revêtir d'une nouvelle façon d'être, renouvelée par Dieu.

Si vous deviez nommer un domaine de votre vie qui aurait besoin d’être renouvelé en priorité, lequel choisiriez-vous ?

Dans la suite du passage, Paul va en énumérer un certain nombre. Peut-être que vous allez vous y reconnaitre, comme je m’y suis reconnu !

Ephésiens 4.25-5.2

« Comme si vous mettiez un vêtement neuf, devenez une personne nouvelle. Cette personne nouvelle est créée comme Dieu veut : la vérité la rend juste et sainte... »

4. 25Alors ne mentez plus. Chacun doit dire la vérité à son prochain, parce que tous ensemble, nous faisons partie d’un même corps. 26Quand vous vous mettez en colère, ne commettez pas de péché. Votre colère doit cesser avant le coucher du soleil. 27Ne laissez aucune place en vous à l’esprit du mal. 28Le voleur ne doit plus voler, il doit plutôt faire tous ses efforts pour travailler de ses mains honnêtement. Ainsi, il pourra donner quelque chose à celui qui a besoin d’une aide. 29Aucune parole mauvaise ne doit sortir de votre bouche. Dites seulement des paroles utiles qui aident les autres selon leurs besoins, et qui font du bien à ceux qui vous entendent. 30Dieu vous a marqués de son Esprit Saint, alors ne faites pas de peine à cet Esprit. En effet, c’est lui qui vous assure qu’un jour, Dieu vous libérera complètement de vos péchés. 31Ne gardez pas dans votre cœur le mal qu’on vous a fait. Ne vous énervez pas, ne vous mettez pas en colère, faites disparaître de chez vous les cris, les insultes, le mal sous toutes ses formes. 32Soyez bons les uns pour les autres, ayez un cœur plein de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ.

51Vous êtes les enfants que Dieu aime, eh bien, imitez-le. 2Vivez dans l’amour comme le Christ : il nous a aimés et il a donné sa vie pour nous, comme une offrande et un sacrifice agréable à Dieu.

 

A nouvelle vie, nouvelles relations

A nouvelle vie, nouvelles relations, relations renouvelées, d’abord au sein de l’Eglise. C’est logique, puisque l’Eglise est un organisme tissé de relations, que l’amour unit… et que d’autres attitudes désunissent. 

Paul en pointe un certain nombre ici, en donnant à chaque fois une attitude à rejeter et une attitude à adopter à la place.

Remplacer le mensonge…

Par la vérité

Se mettre en colère…

Mais s’apaiser au plus vite 

Remplacer le vol…

Par le travail, le don et l’aide aux autres

Remplacer les mauvaises paroles…

Par des paroles de bonté qui font du bien

Remplacer la méchanceté…

Par la bonté, la compréhension et l’amour

Suivre l’exemple de Dieu, que notre vie soit dirigée par l’amour

 

Vivre des relations renouvelées, c’est y remplacer le mal par le bien, et tout mettre au diapason de l’amour, dans une ouverture à l’autre qui change tout : faire du bien à l’autre au lieu de lui faire du mal. Et par là, honorer le Père, le Fils et le St Esprit.

« 51Vous êtes les enfants que Dieu aime, eh bien, imitez-le ».

De fait, si nos relations ne sont pas différentes de celles de tout le monde… quelle est la réalité de notre foi ? Jésus a dit : « 35Ayez de l’amour les uns pour les autres. Alors tout le monde saura que vous êtes mes disciples. »

L’inverse est vrai aussi ! Si nous n’avons pas d’amour les uns pour les autres, personne ne saura que nous sommes les disciples du Christ.

Que faire de la colère ?

Chaque point que Paul énumère mérite qu’on s’y arrête. Je vous propose donc d’y revenir aussi la semaine prochaine.

Aujourd’hui, focus sur une émotion qui traverse le passage comme un fil rouge : la colère. Paul en parle au début et à la fin, c’est donc très important.

« 26Quand vous vous mettez en colère, ne commettez pas de péché. Votre colère doit cesser avant le coucher du soleil. 27Ne laissez aucune place en vous à l’esprit du mal ».

« 29Aucune parole mauvaise ne doit sortir de votre bouche. »

« 31Ne gardez pas dans votre cœur le mal qu’on vous a fait. Ne vous énervez pas, ne vous mettez pas en colère, faites disparaître de chez vous les cris, les insultes, le mal sous toutes ses formes ».

Tout cela est en lien avec la colère. Mais c’est quoi, la colère ?  Que faire de la colère ?

Voilà un sentiment avec lequel on a du mal, chez les chrétiens.

La colère est-elle un péché ?

D’abord, parce que l’on pense que la colère est un péché. Est-ce le cas ? Le passage semble dire : « pas toujours » au v.26, « quand vous vous mettez en colère, ne commettez pas de péché » et « oui ! » au 31 : « ne vous énervez pas, ne vous mettez pas en colère ».

Alors, se mettre en colère, est-ce toujours « mal » ou existe-t-il ’il une colère « sans péché » ?

Si oui, ce doit être celle de Jésus, que les Evangiles montrent plusieurs fois se mettant en colère … et pourtant il n’a jamais péché ! C’est que sa colère, si puissante, qu’elle soit, n’était pas dirigée contre les autres, pour leur faire du mal, mais contre le mal, pour protéger les autres.

Il se met en colère contre les marchands qui empêchent les non juifs de s’approcher de Dieu, en occupant la place qui leur était normalement réservée.

Il se met en colère contre les chefs religieux qui éloignent le peuple de Dieu – pour réveiller les consciences et protéger.

Il se met en colère contre le mal, la mort, contre Satan : « arrière de moi ! », déployant cette puissance que les premiers chrétiens appelaient « puissance irascible » destinée à poser des limites au mal, à résister à Satan. Une juste colère, « une arme de justice contre le serpent », disaient les Pères de l’Eglise.

Nous avons-nous aussi cette ressource de la colère pour nous opposer fermement au mal, nous la reconnaissons dans la « juste » colère d’une mère qui vole au secours de son enfant,

La juste colère contre les injustices sociales, l’esclavage, le racisme…

Oui, la colère peut être bonne et même nécessaire parfois, pour dire « stop » au mal, comme Dieu l’a fait en Christ. Malheureusement, en interdisant la colère, on a livré des générations de personnes aux mains d’abuseurs de toutes sortes. Quand il s’agit de se défendre contre un agresseur, un manipulateur, quelqu’un qui veut nous asservir, qui ne respecte pas nos limites et notre dignité… Il est légitime et même nécessaire de se mettre en colère, de laisser se déployer cette puissance là… pour dire stop !

Nommer la colère

La difficulté avec la colère, c’est que c’est une puissance de protection mais aussi de destruction, capable de nous détruire et de détruire les autres.   

Nommer la colère, la reconnaître, l’accueillir sera nécessaire alors pour la gérer et lui donner une juste place. Si on la nie, si on la refoule, elle risque de nous envahir malgré nous, de nous brûler et de brûler les autres.

J’ai rencontré trop de chrétiens consumés par une vieille colère jamais reconnue, qui « gardaient dans leur cœur » le mal qu’on leur avait fait… ce qui les fermait aux autres… Triste.

Contre cela, les chrétiens se sont appliqués dès les premiers siècles à débusquer la colère dans toutes ses nuances : du simple agacement à la haine, l’animosité, l’inimitié, bref la méchanceté… qui entraîne les moqueries, la malveillance, la volonté de nuire à l’autre, la joie de voir l’autre souffrir… jusqu’aux formes les plus extrêmes de violence. En passant par des colères intériorisées, parfois entretenues, nourries du souvenir d’une offense – comme la rancune, le ressentiment… source de l’amertume, terrible poison.

Parce qu’elle n’est pas socialement acceptable, la colère prend des masques, comme celui de la tristesse : « je suis attristé par ce qu’il m’a fait ». En vrai : je suis furieux !

Commençons par être honnêtes avec nous-même si nous voulons changer. « Ne mentez plus. Chacun doit dire la vérité à son prochain ». (On verra plus tard comment dire cette vérité sans agresser !).

Mettre un cadre à la colère

Reconnaître la colère donc…  Et lui mettre un cadre, comme Paul le fait ici, en fixant une limite de temps : « votre colère doit cesser avant le coucher du soleil ». Ça laisse du temps pour exprimer la colère… et l’apaiser.

Autrement, la colère risque de conduire au péché, si l’on entretient contre l’autre un ressentiment qui va faire entrer la violence, le mépris, le désir de vengeance, etc… autant de puissances destructrices avec lesquelles il est dangereux de dealer. Si la colère peut servir à résister au diable, elle peut aussi lui donner une « prise », dit Paul, « elle lui offre sur un plateau d’argent l’occasion de compromettre l’unité de la communauté et d’y semer la zizanie »[1]. Sans pour autant que le diable soit à l’origine du problème : c’est le frère ou la sœur qui n’a pas su gérer ses émotions qui est responsable, le diable ne fait que souffler sur le feu.

Quand la tension monte entre chrétiens, on a vite tendance à spiritualiser : « Satan nous attaque ! ». Peut-être … mais prenons d’abord nos responsabilités : est-ce que j’ai fait ce qu’il fallait pour ne pas laisser ma colère dégénérer ?

 

Le pardon pour fermer la porte

A cause de ce pouvoir destructeur et des risques spirituels associés, Paul recommande, au final, de ne pas se mettre en colère. Pas comme un absolu mais comme une sage ligne de conduite. Tout faire pour éviter la colère dans les relations ordinaires, pour l’atténuer. François de Sales disait : « Mieux vaut essayer de vivre sans colère que de vouloir en user modérément et sagement. (…) Il vaut mieux la repousser dès le début que de vouloir discuter avec elle. Parce que si elle n’est pas surveillée, elle se rend maîtresse de la place comme le serpent qui tire aisément tout son corps là où il peut mettre sa tête »[2].

Il ne suffit pas de résister à de mauvaises tendances : Paul nous dit de les remplacer par de bonnes attitudes, en collaborant à l’Esprit de Dieu dans ce travail de changement.

Ici, remplacer la violence verbale, l’énervement, les insultes, « le mal sous toutes ses formes » … par la bonté, la douceur envers les autres. « Ayez un cœur plein de tendresse ».

En utilisant la clé du pardon pour fermer la porte à la colère: « pardonnez vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonnés dans le Christ ».

Paul nous amen ici aux pieds de la croix : « 2Vivez dans l’amour comme le Christ : il nous a aimés et il a donné sa vie pour nous, comme une offrande et un sacrifice agréable à Dieu ».

En Jésus, Dieu a choisi, résolument, de ne pas nous écraser par sa colère, mais de nous sauver en nous pardonnant. Au prix de la vie de son Fils, au prix de la croix.

Que cela inspire nos relations : quand la colère frappe à la porte, le pardon doit déjà tenir la clé.

Que Dieu nous aide à faire de notre colère une force au service du bien, au service des plus faibles, pour la gloire de Dieu.

Amen

 

 



[1] D.Angers, Ephésiens, p.274

[2] François de Sales, La vie spirituelle dans le monde, ed. Téqui, p.140

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