Prédication du 19 février 26 - Éphésiens 5.21-33 - L’amour de Jésus-Christ, un modèle pour le couple

 


 

« L’homme est le chef de la femme » ; « Femmes, soyez soumises à vos maris ».

Le jour de notre mariage, ces paroles de l’apôtre Paul ont été lues, dans leur contexte d’Ephésiens 5.

Je me souviens encore de la fureur que ces mots ont déclenché chez l’une des invitées, une voisine de ma belle-famille, pendant le vin d’honneur : on avait du mal à la calmer !  

On peut la comprendre : prises hors contexte, ces affirmations semblent exprimer la quintessence même du sexisme, de « l’autoritarisme patriarcal », en total décalage avec les valeurs de notre société. Voilà bien un des passages les plus polémiques de la Bible ! Comment l’interpréter ?

Il nous est très difficile d’entendre ces mots en dehors des idées véhiculées par la religion et par les cultures du passé, et dans certains pays actuellement selon lesquelles l’homme aurait toute autorité dans la société et notamment la famille, le masculin primerait toujours sur le féminin, la femme serait la subordonnée de l’homme, etc.

Justification de tant d’abus, de violences… à travers les siècles.

Paul justifie-t’il vraiment cela ?

L’apôtre introduit-il, au sein du couple, des enjeux de pouvoir, d’autorité de l’homme sur la femme ? Comment articuler cela avec le respect et l’amour ?

Commençons déjà par remettre ces mots dans leur contexte : ils se situent dans un long passage où Paul décrit la vie nouvelle que Dieu donne en Jésus-Christ, comme nous l’avons vu ces dernières semaines : A nouvelle vie, nouvelles valeurs, nouvelles relations.

Et Paul de décliner, dans différents domaines, ce que signifie concrètement vivre une vie inspirée par l’amour : rejet du mensonge, de l’hypocrisie, de la colère qui détruit, parler pour bénir…

Paul montre ensuite ce que devraient être cette nouvelle vie dans la famille, et d’abord dans un couple de chrétiens. Il ne formule pas ici un simple avis personnel mais redonne des enseignements qui avaient cours, très largement, au sein de l’Église des premiers temps, et que les Ephésiens connaissaient sans doute déjà :

21 Soyez soumis les uns aux autres à cause du respect que vous avez pour le Christ, 

22 vous les femmes à votre mari, comme vous l'êtes au Seigneur. 

23 Car le mari est la tête de sa femme, comme le Christ est la tête de l'Église. Le Christ est en effet le sauveur de l'Église qui est son corps. 

24 Comme l'Église se soumet au Christ, les femmes se soumettent en tout à leur mari./

25 Maris, aimez votre femme, tout comme le Christ a aimé l'Église et a donné sa vie pour elle. 

26 Il a voulu ainsi que l'Église appartienne totalement à Dieu, après l'avoir purifiée par l'eau et par la parole ; 

27 il a voulu se présenter à lui-même l'Église dans toute sa beauté, pure et sans défaut, sans tache ni ride ni aucune autre imperfection. 

28 Les maris doivent donc aimer leur femme comme ils aiment leur propre corps. Celui qui aime sa femme s'aime lui-même. /

29 En effet, personne n'a jamais haï son propre corps ; au contraire, on le nourrit et on en prend soin, comme le Christ le fait pour l'Église, 30 son corps, dont nous sommes membres. 

31 Comme il est écrit : « C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. » 

32 Il y a là un grand projet de salut. Je dis, moi, qu'il se rapporte au Christ et à l'Église. 

33 Mais il s'applique aussi à vous : il faut que chaque mari aime sa femme comme lui-même, et que chaque femme respecte son mari.

 

Si on considère le passage dans son ensemble, on voit que c’est le verset 21 qui en donne la clé :

« Soyez soumis les uns aux autres à cause du respect que vous avez pour le Christ ». 

Rappelons que Paul décrit ici ce que doit être la vie nouvelle en Christ : une vie dans laquelle la domination, la recherche de positions de supériorité doivent être remplacées par la soumission mutuelle, le service mutuel, selon le modèle du Christ, et pour le Christ, conformément à son enseignement :

 « Vous le savez, ceux que l'on regarde comme les chefs des peuples les commandent en maîtres, et les personnes puissantes leur font sentir leur pouvoir. 

Mais cela ne doit pas se passer ainsi parmi vous. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur, et celui qui veut être le premier parmi vous sera l'esclave de tous » (Marc 10. 42-44).

 

L’idée de soumission ici – de tous envers tous, et particulièrement de la femme envers l’homme - ne peut donc se comprendre qu’en cohérence avec cet enseignement : personne parmi les chrétiens ne doit « faire sentir son pouvoir » aux autres – même au sein du couple. Et ça change tout !

 

Homme chef, femme soumise ?

 

D’accord… mais Paul dit quand même que l’homme est le chef - la tête - de la femme ! Et même s’il parle de soumission mutuelle, pourquoi alors des commandements différents pour l’homme et la femme ? Pourquoi c’est à elle seule qu’il est dit de se soumettre ?

Il y a bien en effet une différence dans les commandements, parce qu’homme et femme ne sont pas interchangeables, ils n’ont ni le même rôle ni la même place, comme le suggère le parallèle Christ-Eglise/homme-femme qui structure tout ce passage. C’est lui qui va nous permettre d’expliquer cette idée de « tête ».

« Il est écrit : « C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. » 

Il y a là un grand projet de salut. Je dis, moi, qu'il se rapporte au Christ et à l'Église ».

Le mariage représente l’alliance d’amour entre Dieu et son peuple dans l’AT, et entre Christ et l’Eglise, son « épouse », dans le NT.

Voilà pourquoi, de façon étonnante, Paul applique les paroles de la Genèse… à Jésus ! Jésus qui a quitté le Père pour s’attacher à nous, son Église, afin d’être en communion avec elle. L’Église est donc sa « chair », son corps, qu’il aime !

De la même façon, dans un couple, l’homme et la femme sont intimement liés, comme la tête au corps. Ils font un en s’attachant l’un à l’autre, tout en restant chacun une personne distincte (L’Église n’est pas le Christ, et même si par son Esprit il vit en nous, nous ne sommes pas lui).

 

 

 

Dans les couples chrétiens, le Christ est un tiers qui nous permet de nous aimer et de nous servir. 

Dans un couple, chacun a donc une identité, un rôle, une place différente. C’est une différenciation qui est positive – car elle permet une relation d’amour saine, dans une alliance.

L’alliance implique que chacun prenne sa place, et laisse l’autre prendre la sienne - l’aide même à le faire. Mais cette place n’est pas forcément prédéfinie par le genre !   

 

C’est le cas dans les rôles parentaux : même si le père est traditionnellement une figure d’autorité nécessaire à une bonne construction de l’enfant, la mère aussi peut l’exercer ; de même, un père peut être aussi « maternant », etc.

Ce n’est pas pour autant qu’ils sont interchangeables.

Alors Paul fait-il référence ici à un ordre créationnel dans lequel l’homme, créé avant la femme, aurait une autorité particulière sur elle comme le Christ sur l’Eglise ?

La traduction française traditionnelle peut être trompeuse : « l’homme est le chef de la femme ». Le mot grec désigne bien la tête, nommée… le « chef » autrefois (« couvre-chef », « chef couvert de blessure ») !

Ensuite, s’il y a autorité, c’est selon l’Evangile, dans l’abaissement du service et non la position de commandement :

« Maris, aimez votre femme, tout comme le Christ a aimé l'Église et a donné sa vie pour elle. (…) 27 il a voulu se présenter à lui-même l'Église dans toute sa beauté, pure et sans défaut, sans tache ni ride ni aucune autre imperfection. 

28 Les maris doivent donc aimer leur femme comme ils aiment leur propre corps. Celui qui aime sa femme s'aime lui-même. 

29 En effet, personne n'a jamais haï son propre corps ; au contraire, on le nourrit et on en prend soin, comme le Christ le fait pour l'Église ». 

 

Au final, Paul dit bien qu’il y a dans ce parallèle entre le mariage, Christ et l’Eglise un mystère qui concerne le salut – et pas la répartition des tâches ménagères ! 

 

Ce texte ne donne donc pas à l’homme une position de domination.

Si Christ est bien le Seigneur de son Eglise, cela ne signifie pas que l’homme soit le Seigneur de sa femme, et encore moins son sauveur !

Mais il doit être son serviteur, et elle le sien, dans un lien de réciprocité.

C’est dans son engagement dans le lien avec sa femme (comme avec son propre corps), c’est dans le soin qu’il prend d’elle et l’amour qu’il manifeste que le mari doit imiter l’autorité du Christ : en s’engageant pour l’épanouissement de sa femme, jusqu’à être prêt à donner sa vie pour elle !

 

Imiter Christ : la barre est placée haut.

 

Le modèle donné par Christ

Tout cela est très beau, direz-vous, mais bien loin de nos réalités de couple ! Et puis comment expliquer que Paul demande la « soumission » aux femmes ?

C’est un mot qui nous choque aujourd’hui : dans notre monde, la soumission va avec la domination par quelqu’un qui vous écrase, vous exploite, vous humilie… La domination est la porte d’entrée à la violence, elle doit être combattue, dénoncée avec force. La domination, c’est toi OU moi, alors que dans un couple sain, c’est toi ET moi, c’est l’alliance.

Mais dans ce monde de violence, le Christ est venu incarner une autre soumission, positive : celle de l’obéissance volontaire, par amour. Du don de soi pour l’autre, parce qu’il « n’y a pas de plus de grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jean 15).

Soumission du Christ au plan de salut de son Père, qui l’a envoyé se donner pour nous.

Mais peut-on vraiment suivre cet exemple et nous « soumettre » nous aussi ?

Dieu veut-il donc que nous nous fassions écraser par tout le monde ?

Il est bien entendu que la "soumission" ici est d'abord  un état d'esprit, et qu'elle ne peut être vécue que dans un respect mutuel. Si je ne me sens  pas respecté(e), je n'ai pas à me soumettre, ce n'est pas sain ! L'absence de respect dans un couple n'est pas admissible.

Entre enfants de Dieu, vivre la soumission mutuelle, ce sera :

Ne pas chercher à dominer l’autre

Ne pas chercher à lui imposer mon avis

Respecter et valoriser l’autre

Être attentif à ce qu’il/elle pense et dit, à ses désirs, ses besoins, ses valeurs

Estimer ce qu’il/elle fait

Être prêt à renoncer à certains de mes droits pour son bien

Vivons-nous cela dans notre couple ? En famille ? Dans l’Église ?

 

Un service volontaire

 

Se soumettre finalement, c’est servir, dans le sens chrétien du terme. Servir son mari, sa femme, ses frères et sœurs… comme le Christ l’a fait, en lavant les pieds de ses disciples.

Et volontairement, librement, comme Paul invite les femmes à le faire avec leur mari :

« Comme l'Église se soumet au Christ, les femmes se soumettent en tout à leur mari ».

 Paul ne se place pas du côté de celui qui impose un service – il n’est pas écrit « mari, soumettez vos femmes ! - mais de celle qui consentira volontairement, et librement, à servir l’autre par amour, pour le Christ et comme lui. Sans pour autant accepter de se laisser écraser ni maltraiter !

 Il est terrible qu’à cause d’enseignements erronés sur ces versets, des femmes chrétiennes pensent sincèrement obéir au Seigneur en supportant d’être maltraitées ! Alors que le passage demande au contraire au mari d’aimer, de prendre soin et de valoriser sa femme !

Aucune violence n'est admissible dans une relation - qu'elle soit de couple, de famille, de travail... d'Eglise ! La violence tue les relations, que cette violence soit verbale, psychologique, économique, physique, symbolique même...

 

Le nouveau grandit dans l’ancien

 

On considère donc à tort que ces instructions de Paul cherchent à maintenir une domination des hommes sur les femmes.

Au contraire : ces paroles étaient révolutionnaires pour les Éphésiens qui vivaient dans une culture gréco-latine dans laquelle la femme n’avait que très peu de droits et l’homme toute autorité.

Paul les invite à sortir les relations de couple du domaine du pouvoir pour les faire entrer dans celui de l’amour – un amour qui, plus que dans le sentiment, s’exprime concrètement dans le don de soi et le service mutuels – selon le modèle de Jésus.

Si les paroles de Paul paraissent encore trop patriarcales pour notre sensibilité moderne, c’est aussi parce que car c’est dans « l’ancien » - dans la culture de ce monde pécheur – que le « nouveau » du Royaume de Dieu s’exprime et doit peu à peu apparaître. 

Alors même si cela semble utopique parfois, croyons à cette révolution d’amour que l’Évangile vient introduire dans nos relations, et osons la vivre dès maintenant, dans nos situations telles qu’elles sont, et même si les changements ne sont encore perceptibles que par les yeux de la foi.

Et vivons-les avec le Christ, par la force de son Esprit !

 

 

Renvoi à la charte mise en place par notre Eglise :

CHARTE D'ENGAGEMENT CONTRE LES VIOLENCES CONJUGALES

NOTRE ÉGLISE

  1. IDENTIFIE la violence conjugale comme l'agression d'une personne dans le contexte d'une relation de couple. Cela inclut la violence physique, sexuelle, psychologique, spirituelle, émotionnelle ou financière.
  2. AFFIRME que la violence conjugale dans toutes ses formes est inadmissible, injustifiable et irréconciliable avec la foi chrétienne.
  3. RECONNAÎT que la maltraitance conjugale est un problème sérieux, qui se produit aussi bien dans des couples chrétiens que dans la société en général.
  4. S'ENGAGE à écouter, soutenir, orienter et prendre soin des personnes victimes de violence conjugale.
  5. ACCORDE toujours la plus grande priorité à la sécurité des personnes victimes de la violence conjugale. Si tu es un enfant et que tu es témoin ou victime de violence à la maison, parles-en à notre référent (voir son nom au point 10). En parler n'est pas manquer d'amour envers la personne qui vous maltraite, toi ou tes proches. Tu as le droit d'être protégé, de vivre en sécurité.
  6. CROIT en un Dieu de justice et d'amour.
  7. ENSEIGNE et cherche à vivre l'égalité hommes-femmes, créés tous deux à l'image de Dieu.
  8. JOUER SON RÔLE en enseignant que la violence conjugale est un péché. Elle s'oppose aux enseignements que l'on tire de la Bible dans l'intention de justifier ces comportements ou minimiser les différentes formes de maltraitance.
  9. FAIT CONNAÎTRE aux victimes les associations d'aide et les ressources existant pour leur accompagnement.
  10. S'ENGAGE à permettre la formation de personnes référentes sur ce sujet et à sensibiliser ses membres sur cette question.

C'est maintenant le moment d'agir, ensemble Stop à la violence conjugale !


Adoptée par l'Église de : Avignon

Date : 15/05/2023

 

QUESTIONS 

Comment manifestons-nous notre amour à notre conjoint ? Est-ce que nous l’aimons concrètement comme Jésus aime son Église ?

Si je ne me sens pas respecté(e), j’ai le droit de ne pas l’accepter et de demander de l’aide.

 

 

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