Prédication du 15 mars 26 - Deutéronome 8.2-10 - Le désert, lieu de révélation et de formation

 


Nous sommes en ce moment dans le temps du Carême, cette période de quarante jours avant Pâques qui se vit dans la tradition protestante comme un temps de recentrement spirituel, tourné vers la sobriété, la prière, et la préparation à la Résurrection. Symboliquement, on « part dans le désert », ce lieu qui est dans la Bible un lieu de prise de recul, de retour sur soi, de retour à l’essentiel… un lieu privilégié de rencontre avec Dieu, dans le silence et l’absence de distractions… et aussi un lieu de tentation et d’épreuve.

Quand on évoque le désert, dans la Bible, on pense d’abord à la traversée du désert, aux 40 ans passés par le peuple hébreu après sa libération d’Egypte.

L’histoire est connue : réduits en esclavage en Egypte, les Israélites sont délivrés par Dieu, sous la conduite de Moïse. Dieu ouvre pour eux la mer Rouge, qu’ils traversent à pied, puis les conduits dans le désert jusqu’au pays de Canaan, la terre que Dieu a promis de leur donner. Leur vocation sera d’y incarner la sainteté et la présence de Dieu au milieu du monde.

A la fin de sa vie, Moïse revient sur cette traversée du désert, dont il fait une relecture spirituelle. Le livre du Deutéronome rapporte ce discours qu’il adresse au peuple d’Israël, juste avant que celui-ci entre sur la terre promise. Et ce qu’il dit peut nous rejoindre aussi, aujourd’hui.

Deutéronome 8. 2-10

2 Souviens-toi de la longue marche que le Seigneur ton Dieu t'a imposée à travers le désert, pendant quarante ans ; il t'a ainsi fait rencontrer des difficultés pour te mettre à l'épreuve, afin de découvrir ce que tu avais au fond de ton cœur et de savoir si, oui ou non, tu voulais observer ses commandements. 

3 Après ces difficultés, après t'avoir fait souffrir de la faim, il t'a donné la manne, une nourriture inconnue de toi et de tes pères. De cette manière, il t'a montré que l'être humain ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. 

4 Tes vêtements ne se sont pas usés, tes pieds n'ont pas enflé durant ces quarante ans. 

5 Comprends donc bien que le Seigneur ton Dieu veut t'éduquer comme un père éduque son fils. 

6 Observe les commandements du Seigneur ton Dieu, conduis-toi comme il le désire et reconnais son autorité.

7 Le Seigneur ton Dieu va te faire entrer dans un bon pays : il sera arrosé par des torrents et par l'eau de nombreuses sources qui jaillissent des profondeurs dans la plaine ou dans la montagne. 

8 C'est un pays où poussent le blé et l'orge, la vigne, le figuier et le grenadier, un pays qui abonde en huile d'olive et en miel ; 

9 le pain ne te sera pas compté et tu n'y manqueras de rien. De ses roches on extrait du fer, et de ses montagnes du cuivre. 

10 Tu auras de quoi te nourrir en abondance, et tu remercieras le Seigneur ton Dieu de t'avoir donné ce bon pays.

 

A vues humaines, ces 40 années dans le désert peuvent sembler des années perdues.

Pourquoi alors Moïse invite-t’il le peuple à s’en souvenir ?

Parce qu’il y a des leçons à en tirer, pour eux comme pour nous.

Nous connaissons, nous aussi, des traversées du désert. Des temps d’épreuve plus ou moins prolongée, temps de sécheresse affective, spirituelle... Rien ne semble pousser, on marche sans avancer, on cherche sa direction…

Ces moments semblent des impasses, ou du temps perdu, comme si on passait à côté des bénédictions de Dieu. 

Pourtant ils font partie de la vie chrétienne normale, et de notre chemin de croissance.

Ils peuvent être des moments de révélation et de formation.

 Moïse a connu plusieurs périodes de ce type ; avant même de devenir conducteur d’Israël, il a dû quitter sa vie de prince d’Egypte pour aller garder des troupeaux dans le désert pendant des années. Tout semblait fini pour lui… et pourtant Dieu avait encore beaucoup de choses en réserve pour lui. Ce temps de désert le préparait à devenir berger d’une autre forme de troupeau, le peuple d’Israël.

Moïse qui a expérimenté la fidélité et la grâce de Dieu peut donc témoigner que si Dieu ne provoque pas le mal, il sait le mettre à profit pour notre bien – mystérieusement, de façon différente pour chacun. Moïse affirme ainsi aux v.2 et 3 que Dieu a utilisé le désert pour éduquer son peuple, « comme un père éduque son fils ».

« 2 Souviens-toi de la longue marche que le Seigneur ton Dieu t'a imposée à travers le désert, pendant quarante ans ; il t'a ainsi fait rencontrer des difficultés pour te mettre à l'épreuve, afin de découvrir ce que tu avais au fond de ton cœur et de savoir si, oui ou non, tu voulais observer ses commandements. 

Dieu a fait du désert un temps de révélation et de croissance, un temps de formation pour son peuple.

Il peut faire la même chose pour nous aujourd’hui. 

Le désert, lieu de révélation

« Afin de découvrir ce que tu avais au fond de ton cœur » : premièrement, le désert a révélé le « cœur » des hébreux.

 Il est facile de juger leurs réactions souvent immatures face aux privations, aux dangers et à l’inconnu. Le livre des Nombres les montre inconstants, incapables de faire confiance, dans une victimisation et une plainte très infantiles : « on a faim ! on a mal aux pieds ! C’est pas nous, c’est les autres » mais qui n’est jamais comme ça ?

Ces comportements ne sont-ils pas les conséquences de leur vie d’esclaves ? Ils ont été si longtemps privés de leur libre arbitre, privés de la capacité à prendre des décisions, à se projeter et à persévérer dans une direction… la liberté ce n’est pas toujours facile à vivre, n’est-ce pas ? Encore plus quand on a seulement appris à obéir toute sa vie… !

Dieu veut les libérer de cela et les faire grandir.

Dans le désert, se révèle aussi l’image erronée de Dieu qu’ont les Hébreux, eux qui jusque-là n’ont connu que des dieux dominateurs, cruels, très humains en réalité, et projettent donc cela sur Yahwé, peinant à lui faire confiance.

Dans sa grâce, Dieu veut se révéler à lui tel qu’il est vraiment.

Dans la difficulté, nos cœurs aussi se révèlent. Nous traversons tous des déserts – suite à une épreuve, une perte …  un licenciement, un déménagement, une séparation, un conflit… une perte physique, au niveau de la santé… une perte de rôle, de statut… un rêve qui se brise, un projet qui échoue…

Spirituellement, perte de certitudes confortables, des choses que nous pensions garanties par Dieu qui soudain tombent, l’impossible qui se produit…

Et nous voilà dans le désert, lieu de solitude, de sécheresse, lieu d’errance, de perte de direction…

Dans ces périodes-là, comment réagissons-nous ? Quelles craintes, quelles fragilités révèlent-elles chez nous ? Nous pouvons confier tout cela à Dieu, sans honte et compter sur son aide.

Il veut nous aider à grandir, à mûrir.

Quand l’épreuve arrive, comment impacte-t ’elle notre représentation de Dieu ? Nous sentons nous oubliés ? Culpabilisés ? Trahis, parce que nous attendions que Dieu nous libère de toutes les difficultés dans sa toute-puissance ?

Dieu veut nous libérer de nos fausses croyances sur nous et sur lui, il peut mettre à profit le désert pour se révéler à nous d’une façon nouvelle, comme il l’a fait avec le peuple d’Israël.

Le désert, lieu de formation

2 Souviens-toi de la longue marche que le Seigneur ton Dieu t'a imposée à travers le désert, pendant quarante ans ; il t'a ainsi fait rencontrer des difficultés pour te mettre à l'épreuve, afin de découvrir ce que tu avais au fond de ton cœur et de savoir si, oui ou non, tu voulais observer ses commandements. 

3 Après ces difficultés, après t'avoir fait souffrir de la faim, il t'a donné la manne, une nourriture inconnue de toi et de tes pères. De cette manière, il t'a montré que l'être humain ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. 

4 Tes vêtements ne se sont pas usés, tes pieds n'ont pas enflé durant ces quarante ans. 

Lieu de révélation, le désert a été aussi un lieu de formation pour les Hébreux. Libérer les Israélites de l’esclavage physique n’était pas le plus difficile : il fallait bien 40 ans pour les sortir de leur esclavage intérieur et faire d’eux des hommes et des femmes debout, capables d’assumer la vocation que Dieu leur avait adressée.

Moïse affirme que Dieu a mis à profit le désert pour cela.

Il n’a jamais cessé de veiller mais a permis des difficultés pour les éduquer, « comme un père éduque son fils ».

On leur avait appris à être dirigés comme des marionnettes, et sans doute qu’ils attendaient cela de Dieu. Mais un bon père cherche à faire de ses enfants des adultes responsables. Aussi tout en leur donnant un cadre et des limites – la Loi donnée au mont Sinaï – Dieu les a aussi poussés à sortir de la dépendance pour prendre position, poser des choix personnels : est-ce que, « oui ou non », ils voulaient observer ses commandements ou pas ?

Comme un père, Dieu a choisi de pardonner son peuple, sans pour autant minimiser leurs péchés, ni leur épargner certaines conséquences de leurs choix – comme lorsqu’ils refusent de rentrer dans la terre promise, en Nb 14 ; Dieu leur dit alors : vous voulez rester dans le désert ? Entendu ! Seuls vos enfants pourront entrer dans la Terre promise.

Dieu ne nous enlève pas cette liberté de choisir qui fait partie de notre humanité. Mais il nous invite à en faire bon usage, à choisir la vie en faisant confiance au Dieu de la vie.

Avec lui, un temps de désert, si réellement difficile soit-il, peut donc devenir occasion de révélation et de croissance.

Révélation, parce que nous découvrons nos limites et nos fragilités, parce que nos fausses images de Dieu s’y révèlent – limitées, autocentrées…

Révélation, parce que dans le désert, le manque rend plus attentif aux petites bénédictions, elles prennent plus de valeur… c’est une opportunité pour nous apercevoir comment Dieu prend soin de nous au milieu des épreuves – « 4 Tes vêtements ne se sont pas usés, tes pieds n'ont pas enflé durant ces quarante ans. 

Et formation, parce que nous pouvons apprendre à faire confiance à Dieu, à vivre de sa Parole, selon le v.3 : « Après ces difficultés, après t'avoir fait souffrir de la faim, il t'a donné la manne, une nourriture inconnue de toi et de tes pères. De cette manière, il t'a montré que l'être humain ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». 

Quand Satan vient le tenter dans le désert, Jésus cite ce verset, ce qui lui donne une importance particulière. Dans nos déserts particulièrement, la Parole de Dieu nous est donnée comme une « manne » bienfaisante, pour reprendre des forces, reprendre espoir. Résister au découragement. Au tentateur qui veut nous faire croire que Dieu ne s’intéresse pas à nous.

La Parole de Dieu vient nous montrer Dieu tel qu’il est vraiment, nous invitant à laisser dans le sable nos fausses images de lui, nos fausses attentes...

Elle est aussi un guide, et un miroir pour nous voir comme nous sommes, sortir de nos enfermements et avancer vers plus de liberté et de maturité. 

Alors nous pouvons mieux aimer, parce que l’amour exige la liberté, et que Dieu désire, avant tout, que nous l’aimions librement.

 

Peut-être que nous sommes dans un désert actuellement. Ce n’est pas notre destination finale, ni l’endroit où Dieu souhaite que nous demeurions.

Dieu est présent au désert, il nourrit au désert. Le désert est aride,

mais il n'est pas absence de Dieu

Alors ne laissons pas les difficultés nous happer et nous détourner du Seigneur.

Profitons de ces temps pour nous arrêter et ouvrir les oreilles, ouvrir nos cœurs : qui est ce Dieu qui est là ? Comment Sa Parole résonne-t’elle pour moi, dans ces circonstances ? Qu’est-ce que j’entends ? Qu’est-ce que je découvre, sur Dieu ? Sur moi-même ?

Dans la prière et la méditation de la Bible, essayons de saisir ce que le désert nous révèle sur Dieu et sur nous.

Au final, on sait que dans le désert, on avance un pas après l’autre. Alors restons attachés à lui, par Jésus-Christ, par Sa Parole, demandons le soutien de nos frères et sœurs, et gardons courage : Dieu a encore de belles choses en réserve pour nous.

Ecoutons ses belles promesses valables aussi pour nous, spirituellement.

7 Le Seigneur ton Dieu va te faire entrer dans un bon pays : il sera arrosé par des torrents et par l'eau de nombreuses sources qui jaillissent des profondeurs dans la plaine ou dans la montagne. 

8 C'est un pays où poussent le blé et l'orge, la vigne, le figuier et le grenadier, un pays qui abonde en huile d'olive et en miel ; 

9 le pain ne te sera pas compté et tu n'y manqueras de rien. De ses roches on extrait du fer, et de ses montagnes du cuivre. 

10 Tu auras de quoi te nourrir en abondance, et tu remercieras le Seigneur ton Dieu de t'avoir donné ce bon pays ».

 

Amen

 

 

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