Prédication du 22 mars 2026 - Matthieu 4.1-11 - La tentation de l'immédiateté

 



La semaine dernière, nous avons évoqué le thème biblique du désert, lieu de révélation, d’épreuve… et de tentation. Jésus lui-même y a été conduit, pour y être mis à l’épreuve comme Israël l’avait été avant lui. Allait-il réussir là où les israélites avaient échoué ?

Lisons la suite dans l’évangile de Matthieu.

Lecture

1Ensuite Jésus fut conduit dans le désert par l'Esprit pour y être mis à l'épreuve par le diable. 2Après avoir passé quarante jours et quarante nuits sans manger, Jésus eut faim. 3Le diable, le tentateur s'approcha et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à ces pierres de se changer en pains. » 4Mais Jésus répondit : « L'Écriture déclare : “L'être humain ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.” »

5Le diable l'emmena jusqu'à Jérusalem, la ville sainte, le plaça au sommet du temple 6et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car l'Écriture déclare :

“Dieu donnera pour toi des ordres à ses anges

et ils te porteront sur leurs mains

pour que ton pied ne heurte pas de pierre.” »

7Jésus lui dit : « L'Écriture déclare aussi : “Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu.” »

8Le diable l'emmène encore sur une très haute montagne, lui montre tous les royaumes du monde et leur splendeur, 9et lui dit : « Je te donnerai tout cela, si tu te prosternes devant moi pour m'adorer. » 10Alors Jésus lui dit : « Va-t'en, Satan ! Car l'Écriture déclare : “Adore le Seigneur ton Dieu et ne rends de culte qu'à lui seul.” » 11À ce moment-là, le diable le laissa. Des anges vinrent auprès de Jésus et ils le servaient.

 

Jésus lui-même a dû raconter à ses apôtres cet épisode étonnant et décisif de sa vie, ce moment où, juste après son baptême, il a été "conduit par l'Esprit au désert".

Episode étonnant, qui présente le Fils de Dieu tenté par Satan, mystérieusement.

Episode décisif, car le ministère de Jésus aurait pu s'arrêter là, dans le désert, avant même d'avoir commencé, s'il avait cédé à Satan.

Un épisode en tout cas qui a des choses importantes à nous dire sur Jésus, sur Satan et ses ruses, et sur nous-mêmes.

« Si tu es le Fils de Dieu… »

Commençons par ce que cet épisode nous révèle sur l’identité de Jésus.

Il intervient juste après le baptême de Jésus, qui a été un moment de révélation extraordinaire. Marc 1.10-11 le décrit ainsi : "Au moment où Jésus remontait de l'eau, il vit les cieux se déchirer et l'Esprit saint descendre sur lui comme une colombe. Et une voix se fit entendre des cieux : Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi je trouve toute ma joie."

Révélation de la double nature de Jésus : pleinement humain, faisant corps avec l'humanité dans ce baptême — et pleinement Fils de Dieu, dans une communion d'amour avec le Père et le Saint-Esprit, tous deux présents en ce moment.

Ce n’est pas un hasard si Satan entre en scène juste après ce moment de révélation et de communion :

D’abord, il fallait que Jésus passe par cette mise à l'épreuve pour continuer à faire corps avec nous, les humains. Il devait être tenté comme nous le sommes, pour nous représenter pleinement devant Dieu, en humain véritable. Cf épître aux Hébreux : "Nous n'avons pas un grand-prêtre incapable de souffrir avec nous de nos faiblesses. Au contraire, notre grand-prêtre a été mis à l'épreuve en tout comme nous le sommes, mais sans commettre de péché" (He 4.15).

Ensuite, cette mise à l’épreuve va permettre à Jésus de s’affermir pour la mission, à la fois dans son identité de Fils de Dieu et dans son identité de messie – un messie serviteur, humble.

Satan vient l’attaquer là où Dieu vient de parler : « si tu es le Fils de Dieu ». L’ennemi met à l'épreuve l'identité de Jésus et son lien de confiance avec le Père — et c'est la même chose avec nous. Son principal objectif n'est peut-être pas tant de nous faire pécher que de nous couper de notre Père céleste.

Pour cela, il utilise souvent la même stratégie : instiller le doute, jeter le trouble… et jouer sur nos impatiences et nos peurs pour nous pousser à chercher des solutions simples et immédiates… et nous amener ainsi dans des impasses.

Les trois tentations du désert montrent cela avec force.

 

Première tentation : changer les pierres en pain

"Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains."

Le piège proposé semble presque raisonnable : Jésus a faim — vraiment faim, d'une faim humaine, après quarante jours de jeûne. Il a le pouvoir de transformer des pierres en pain. Ce n'est pas un péché d'avoir faim. Ce n'est pas un péché non plus d'utiliser ses capacités. La logique de Satan peut sembler juste… en apparence. C'est un excellent manipulateur.

Mais Jésus voit clair, et répond en citant Deutéronome 8.3 : "L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu." Ce verset est extrait du discours de Moïse que nous avons médité la semaine dernière – où Moïse rappelle à Israël pourquoi Dieu l'avait laissé avoir faim au désert — précisément pour lui apprendre la dépendance à Dieu, pour lui enseigner que la vie véritable ne se trouve pas dans la satisfaction immédiate du besoin, mais dans la confiance au Père qui sait ce qui est vraiment bon pour nous.

En citant ce texte, Jésus dévoile le piège : ce qui est en jeu n'est pas le pain, c'est toute la logique de l'Incarnation. Jésus est venu partager vraiment la condition humaine — la faim, la tentation, la mort — sans dispense divine exceptionnelle. Si Jésus, tenté par une solution rapide et immédiate, subvient lui-même à ses besoins par miracle, il n'a plus besoin d'attendre que le Père prenne soin de lui. Il prend son autonomie vis-à-vis de lui. Et c'est exactement la tentation originelle d'Adam : "Vous serez comme des dieux" — vous n'aurez besoin de rien ni de personne.

A cela s’ajoute la tentation de l'immédiateté : aller droit au but, satisfaire un besoin, une envie, sans penser plus loin. Regarder au fruit appétissant sans penser aux conséquences. Nous connaissons tous cela. Beaucoup de personnages dans la Bible y ont succombé - David avec Nath-Shéba, Abraham et Sarah aussi, alors que l’enfant promis par Dieu tardait à venir…

Mais Jésus, lui, résiste et choisit la voie de la patience, de l’endurance, de l’obéissance au Père.

Les deux autres tentations : des raccourcis vers la même impasse

Les deux tentations suivantes proposent la même logique d’immédiateté, poussée encore plus loin.

La 2e revient à dire : "Jette-toi du haut du Temple : des anges te rattraperont, et tu t'imposeras immédiatement aux foules comme le Messie."

La 3e : "Prosterne-toi devant moi, et je te donne tout de suite la domination sur tous les royaumes du monde."

Pourquoi suivre le chemin, si long, que le Père a tracé à Jésus pour l’amener à régner sur monde ? Devoir marcher des années en compagnie de quelques pécheurs qui ne comprennent rien… affronter les foules aux besoins innombrables… l’opposition… la fatigue… endurer les souffrances de la Passion… Pourquoi tout cela ?

Je te donne tout, tout de suite, promet le tentateur.

Ça a dû être vraiment tentant pour Jésus qui savait la difficulté de qui l'attendait. Obtenir la gloire et la domination sur le monde sans passer par la croix, par la mort et la souffrance…

 Peut-être qu’une part de lui suppliait déjà, comme à Gethsémané : "Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi !" Mais il a choisi d'obéir malgré tout : "Toutefois, non pas comme moi je veux, mais comme toi, tu veux" (Mt 26.39).

Et à chaque tentation, il oppose sa confiance dans le Père et brandit sa Parole comme un bouclier. "L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu." ; « tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu »

 

La tentation de l'immédiateté dans notre vie spirituelle

Ce passage met en lumière la façon dont Satan vient nous tenter nous aussi en nous faisant miroiter des chemins plus courts vers ce que nous désirons, jouant sur nos faiblesses, nos impatiences, notre aspiration secrète à la puissance et notre peur de souffrir… pour nous détourner de Dieu et du chemin de vie qu’il trace pour nous- et ainsi faire obstacle à l’avancée du Royaume de Dieu dans nos vies et dans le monde.

Dans notre vie spirituelle, cela peut prendre la forme, par exemple, d’une recherche de puissance mal ajustée dans la prière :

Dans une façon de « proclamer par la foi » que l’on a déjà obtenu de que l’on demande, de « prendre autorité » sur une maladie, par ex… on exige de Dieu des réponses immédiates… on veut être délivré tout de suite de ce qui nous pèse, tout sauf la souffrance… !

Voilà la 2e tentation, forcer la main à Dieu : où est alors la confiance dans le Dieu souverain, maitre des temps et des moments ? 

La tentation de l’immédiateté peut aussi affecter la façon dont nous vivons notre transformation intérieure à l’image du Christ, notre « sanctification » : face à nos limites, des péchés qui résistent, des faiblesses qui nous empêchent de nous déployer pleinement, nous nous impatientons, nous prions Dieu de nous changer tout de suite, de nous délivrer sans attendre, et bien sûr, il attend que nous comptions sur lui pour ça… Mais plus on est impatient dans ce domaine, plus les rechutes entraînent du découragement, de la culpabilité et du doute quant à notre relation avec Dieu… L’ennemi sait mettre à profit ces choses-là pour nous enfoncer : « comment peux-tu prétendre être chrétien alors que tu fais encore ça ? Tu n’es pas né de nouveau, c’est sûr ! Tu n’as pas prié comme il faut. Tu n’es pas assez repentant… ». etc.

On peut donner encore plein d’exemples, dans notre vie personnelle, affective, notre vie d’Eglise…  où la tentation d’aller plus vite au but, même avec les meilleures intentions du monde, nous éloigne du chemin tracé par Dieu. Faire des compromis sur la doctrine et l’éthique pour mieux remplir l’Eglise… Accélérer les décisions pour avancer plus vite quitte à piétiner un peu les autres…

Mais l’efficacité selon Dieu n’est pas la même que l’efficacité selon… nous ! l’exemple du Christ nous montre au contraire que les chemins de Dieu sont des chemins de patience, de lenteur, de profondeur. En apparence, ils ne sont pas « efficaces ». Ce sont pourtant ceux que Dieu trace pour sauver le monde et établir son Royaume.

Comme Jésus, il nous faut suivre ces chemins de lenteur et d’obéissance à Dieu, en écoutant Sa Parole avant nos idées et intuitions… pour marcher au rythme de Son Esprit, au rythme de la confiance…

parce que la sanctification est l’œuvre de toute une vie, parce que la vie d’Eglise est d’abord l’apprentissage de la mort à soi-même, de l’humilité, du service de l’autre et de l’accueil des différences… et qu’il nous faut du temps pour apprendre cela.

Alors apprenons à accepter les hauts et bas de la vie spirituelle, à faire confiance à Dieu quand il nous fait passer des moments de communion forte où il nous dit : « tu es mon enfant bien aimé » aux déserts de l’épreuve… En croyant qu’avec le Seigneur, pas un instant n’est perdu, tout concourt à notre bien et au renforcement de notre relation avec lui, à l’élargissement de notre cœur.

Jésus, notre secours dans la tentation

Dans les temps de tentation, tournons-nous vers Jésus, notre secours.

 "Le diable le laissa. » (4.11).

L’Ennemi est vaincu ! Alors ne lui accordons pas trop d’importance, gardons plutôt les yeux fixés sur Jésus. Quand nous sommes tentés, il est présent avec nous, il sait ce que nous vivons ; en son nom et par la puissance de son Esprit, nous pouvons résister au diable, et recevoir son pardon quand nous tombons malgré tout.

Hébreux 4.15-16 :

15Nous n'avons pas un grand-prêtre incapable de souffrir avec nous de nos faiblesses. Au contraire, notre grand-prêtre a été mis à l'épreuve en tout comme nous le sommes, mais sans commettre de péché. 16Approchons-nous donc avec confiance du trône de Dieu, où règne la grâce. Nous y trouverons la bienveillance et la grâce, pour être secourus au bon moment.

Amen

 


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