Prédication du 29 mai 2026 - Marc 11.1-11 - Les rameaux - Quel Roi attendons-nous ?

 


La façon dont un chef d’état prend ses fonctions en dit beaucoup sur le type de dirigeant qu’il va être. On pense par exemple à la façon dont Emmanuel Macron a choisi de se présenter seul devant la pyramide du Louvre pour sa cérémonie d’investiture en 2017, comme François Mitterrand avant lui, avec l’Hymne à la joie derrière – envoyant ainsi l’image d’un jeune leader prêt à assumer le poids du pouvoir, dans une dynamique européenne.

On peut évoquer aussi, plus récemment, l’arrivée en Velib du nouveau maire de Paris …

L’usage des symboles dans ce type de moments n’est pas nouveau. Dans le passage biblique que nous allons méditer ce matin, l’épisode dit « des Rameaux », Jésus procède de la même façon : il met en scène, avec soin, la façon dont il entre dans Jérusalem pour dire quel type de « leader » il va être, quel type de roi. Et même si le message qu’il envoie est paisible et assez discret, c’est quand même un message volontairement provocateur…

Ecoutons ce récit en Marc 11.1-11.

1Alors qu'ils approchent de Jérusalem, vers Bethphagé et Béthanie, près du mont des Oliviers, il envoie deux de ses disciples 2en leur disant : Allez au village qui est devant vous ; sitôt que vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s'est encore assis ; détachez-le et amenez-le. 3Si quelqu'un vous dit : « Pourquoi faites-vous cela ? », répondez : « Le Seigneur en a besoin ; il le renverra ici tout de suite. »

4Ils s'en allèrent et trouvèrent un ânon attaché dehors, près d'une porte, dans la rue ; ils le détachent. 5Quelques-uns de ceux qui étaient là se mirent à leur dire : Qu'est-ce que vous faites ? Pourquoi détachez-vous l'ânon ? 6Ils leur répondirent comme Jésus l'avait dit, et on les laissa aller.

7Ils amènent à Jésus l'ânon, sur lequel ils lancent leurs vêtements ; il s'assit dessus. 8Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur le chemin, et d'autres des rameaux qu'ils avaient coupés dans la campagne. 9Ceux qui précédaient et ceux qui suivaient criaient :

Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !

10Béni soit le règne qui vient, le règne de David, notre père !

Hosanna dans les lieux très hauts !

11Il entra à Jérusalem, dans le temple. Quand il eut tout regardé, comme il était déjà tard, il sortit vers Béthanie avec les Douze.


L’acclamation de Jésus : un grand malentendu

« Hosanna » ! Nous chantons souvent ce mot hébreu, qui signifie « sauve ! Accorde le salut ! ».  Dans plusieurs de nos cantiques, nous nous mettons à la place de la foule qui accompagne l’entrée de Jésus, le « roi de gloire », dans Jérusalem, dans une transposition spirituelle où Jésus, maintenant, est accueilli dans notre église, dans nos vies, pour y régner, et nous chantons « Hosanna ! » comme une prière de foi et d’espérance, dans l’attente que le Seigneur se manifeste à nous, avec puissance, et ultimement qu’il revienne. C’est beau, ça a du sens…

Mais soyons conscients que c’est bien loin de ce qui s’est passé le jour des Rameaux !

En effet, c’est plutôt à un grand malentendu qu’on assiste ici, tant il y a un décalage entre ce que les gens comprennent de l’événement, sur le coup, et ce que Jésus est en train d’exprimer en entrant sur un âne.

D’abord, il y a ceux qui ne font qu’accueillir un pèlerin juif parmi d’autres. En cette période de Pâques en effet, des foules de pèlerins affluaient de tous les horizons pour célébrer dans le Temple de Jérusalem.

La ville était pleine et bouillonnante, et il était d’usage d’accueillir les pèlerins aux portes de la ville en criant « Hosanna ! » comme on crierait aujourd’hui « vive les pèlerins ! » ! L’enthousiasme exprimé par la foule dans ce passage n’est donc pas entièrement spécifique à Jésus.  

Un certain nombre, cependant, acclame quand même Jésus avec enthousiasme parce que sa réputation le précède, et qu’il est en train de faire naître de grands espoirs. Dans les versets précédents, Marc raconte comment Jésus a guéri l’aveugle Bartimée, et cette guérison a eu impact considérable sur les foules. La rumeur se répand que le Messie est peut-être là, ce Messie dont les Ecritures disent qu’il doit être « fils de David ». Justement, c’est comme ça que Bartimée a appelé Jésus : « Fils de David, aie compassion de moi ! »[1]. Et là, aux portes de Jérusalem, d’autres se mettent aussi à le crier : « Béni soit le règne qui vient, le règne de David, notre père ! »[2].

Marc indique aussi que « beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur le chemin » : c’est une référence directe au livre des Rois : au moment où la foule jette ses vêtements devant Jéhu [3] qui est acclamé roi et s’avance les armes à la main pour mettre à mort Jézabel et les siens et reprendre le pouvoir en Israël. Voilà le type de Messie que le peuple attendait : un guerrier fort et vengeur.

Un texte de l’époque l’exprime clairement :

 « Seigneur, suscite-leur un roi, fils de David…ceins-le de force pour qu’il brise les princes injustes, qu’il purifie Jérusalem des nations qui la foulent et la ruinent ! (…) qu’il extermine toutes les nations impies d’une parole de sa bouche ! »[4]

En jetant leurs vêtements, les gens affirment donc qu’ils reconnaissent en Jésus ce messie puissant qui va enfin chasser les romains du pays et rétablir la puissance politique d’Israël, comme au temps du roi David. D’autres textes de l’époque montrent même la violente aspiration de certains juifs à déclencher une grande révolution qui forcerait l’avènement du royaume des cieux

Alors avec Jésus qui rentre dans une Jérusalem en pleine ébullition, après avoir accompli tant de miracles, la tension est à son comble : le temps est peut-être venu ! 

Quel type de règne Jésus annonce-t ’il ici ?

Sauf qu’avec un peu d’attention, la foule aurait perçu que quelque chose ne collait pas : Jésus entre assis sur un ânon. Ce n’est ni un détail ni un hasard.

Au début du passage, Marc prend le temps de raconter en détails comment Jésus a envoyé ses disciples chercher l’ânon, en leur indiquant ce qu’ils devraient dire…

Une façon de montrer que rien n’est improvisé : Jésus a minutieusement préparé la mise en scène de son entrée : s’il entre sur un ânon, c’est pour envoyer un message au peuple, et s’affirmer explicitement comme étant le messie, mais tel que l’annonce le prophète Zacharie :

Danse de toutes tes forces, ville de Sion !

Oui, pousse des cris de joie, Jérusalem !

Regarde ! Ton roi vient vers toi.

Il est juste, victorieux et humble.

Il est monté sur un âne,

sur un ânon, le petit d’une ânesse.

À Éfraïm, il supprimera les chars de guerre,

et à Jérusalem, il supprimera les chevaux.

Il cassera les arcs de combat.

Il établira la paix parmi les peuples.[5]

En entrant sur un ânon, Jésus va affirmer qu’il est bien le roi attendu… mais un roi humble et pacifique, venu établir la paix, non la guerre !

Il redit par un acte ce qu’il a expliqué à ses disciples quelques versets avant :

 « Ceux qu’on regarde comme les chefs des peuples les commandent comme des maîtres. (…) Mais entre vous, cela ne se passe pas ainsi. Au contraire, si l’un de vous veut être important, il doit être votre serviteur. Et si l’un de vous veut être le premier, il doit être l’esclave de tous. En effet, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi. Il est venu pour servir et donner sa vie pour libérer un grand nombre de gens. » (Marc 10.42-46)

Voilà donc le type de règne que Jésus annonce lorsqu’il entre dans Jérusalem pour la dernière fois.


Quel type de roi attendons-nous ?

Ce passage nous interroge sur l'image que nous nous faisons de Jésus. Comme la foule de Jérusalem, nous pouvons avoir tendance à projeter sur lui nos désirs, nos craintes, nos attentes — un Messie vengeur qui nous juge, ou au contraire un Dieu de puissance qui exauce tout, comble tous nos désirs et nous garantit le succès.

Quel type de roi est Jésus, pour nous ? S’interroger sur cela est important car cela influence profondément notre foi, nos actes et notre témoignage

L’actualité nous en donne un triste exemple.


Dans son dernier numéro, le journal La vie montre comment derrière les événements actuels au Proche Orient, on trouve l’attente messianique de certains chrétiens dit « évangéliques » outre-atlantique, comme la pasteure Paula White, conseillère spirituelle du président Trump que l’on a vu récemment imposer les mains à celui-ci en tant que « guerrier de Dieu ».

Parce qu’ils croient en un Messie guerrier venu exterminer le mal et l’incroyance, en un Dieu de puissance et de domination en lutte contre des « esprits territoriaux » présents au Moyen-Orient, ces gens soutiennent la guerre en Iran, l’extermination des populations entières à Gaza, au Liban et au-delà… en pensant ainsi agir pour le Seigneur, hâter son retour et l’établissement de son Royaume.

Mais une foi bâtie sur un tel Dieu ne résiste pas à l'épreuve : la foule en est le premier exemple, elle qui se détournera de Jésus dès que les miracles cesseront.

Le jour des Rameaux, Jésus révèle un Dieu tout autre : un Dieu qui s’approche des humains dans l’humilité et la douceur, qui vient chercher son peuple sans écrser ceux qui doutent, ceux qui n’ont pas tout compris…

Un Dieu qui oppose la force d'un humble amour à l'orgueil du monde, et qui n'accepte pas que quoi que ce soit fasse obstacle à sa rencontre avec nous.

Ainsi, après son entrée, Jésus va manifester la force de ce Dieu qui n’accepte pas que l’on fasse obstacle à son amour.  Ça commence au v.11 : « 11Il entra à Jérusalem, dans le temple. Quand il eut tout regardé, comme il était déjà tard, il sortit vers Béthanie avec les Douze ».

Jésus fait un repérage rapide avant de mener l’assaut… contre le système religieux en place autour du Temple, un système qui étouffe l’adoration du Dieu vivant et bon, qui perpétue la domination des puissants sur les plus faibles, qui empêche ceux qui cherchent vraiment Dieu de s’approcher de lui…

Pour dénoncer cela, Jésus va poser d’autres gestes prophétiques : dessécher un figuier pour montrer le dessèchement spirituel d’Israël, chasser les marchands du Temple, confronter les chefs religieux… ce qui va provoquer leur fureur et conduire à la croix, par laquelle, ultimement, Dieu va réconcilier l’humanité avec lui.

Parce que ce qu’il désire avant tout, c’est nous rencontrer, nous ramener à lui, près de son cœur de Père. Peut-être que c’est pour cela qu’il résiste parfois à nos attentes — prières sans réponse, silence, surprises — non pour nous décevoir, mais pour faire tomber les fausses images qui nous séparent de lui, et se révéler tel qu'il est vraiment : le roi de paix, qui sert, qui aime, qui donne sa vie, et qui nous invite à le suivre sur ce même chemin.

Dieu nous résiste pour mieux se révéler tel qu’il est vraiment, comme Jésus résiste ici aux attentes de la foule pour se révéler comme le roi de paix qu’il est en vérité.

C’est par le don de lui-même qu’il a « établi la paix entre les peuples » et « brisé l’arc de la guerre ». Et même s’il règne aujourd’hui au-dessus de toute création… Jésus n’est pas descendu de son ânon. Il reste le roi humble et doux, le prince de la paix, qui nous invite à participer à l’établissement de son règne non par la force mais par l’amour.

Alors prenons du recul sur le Jésus que nous imaginons… et prenons le temps de le rencontrer tel qu’il se révèle dans les Evangiles, pour mieux le connaître, mieux le suivre… mieux l’aimer… et être pour le monde des témoins fidèles de son Evangile de paix!

Hosanna ! Sauve, nous t’en prions ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !

Amen

 

Questions

  1. Quel Jésus est-ce que j'attends ? Si j'examine honnêtement mes prières, mes espérances, mes déceptions spirituelles — quel type de « roi » est-ce que j'espère secrètement ? Un Jésus qui me fait gagner ? Qui me protège de toute souffrance ? Qui valide mes convictions ?
  2. Et si Dieu résistait à certaines de mes attentes pour mieux se révéler ? Y a-t-il dans ma vie une prière sans réponse, un projet bloqué, une période de silence de Dieu — que je pourrais relire à la lumière de cette question ?

 

 

 

 

 



[1] Mc 10.47

[2] Mc 11.10

[3] 2 R 9.13

[4] Psaumes de Salomon 17.21-25

[5] Za 9.9

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