Prédication du 26 avril 26 - Matthieu 4.18-22 - Suivre Jésus, devenir disciple (1/2)
Il y a deux semaines, Mark a médité les derniers versets de l’Evangile de Matthieu, qui exposent quelle mission Jésus a confié à son Eglise : aller, et faire de toutes les nations des disciples, baptisant, enseignant…
Faire des disciples, voilà donc le cœur de la mission de l’Eglise. Mais qu’est-ce qu’un disciple ? J’ai l’impression qu’on emploie souvent ce mot comme un mantra, comme s’il était chargé d’une valeur en soi (« nous sommes une Eglise de disciples ! »), un label de qualité chrétienne supérieure qu’on invoquerait pour montrer combien on est engagé, vraiment engagé...
Et c’est vrai que le terme contient une invitation à aller plus loin dans la foi… car on peut croire en Dieu et en Jésus… sans être un disciple. Un disciple en effet, c’est littéralement quelqu’un qui suit Jésus-Christ.
Quelqu’un qui marche à la suite de ce Dieu en mouvement venu à nous dans son Fils Jésus.
Est-ce que nous suivons Jésus-Christ ?
Répondre à cette question implique de savoir ce que « suivre Jésus » signifie !
Je vous propose de consacrer les deux prédications qui viennent à ce sujet.
Méditons pour cela le début de l’histoire, ce moment où Jésus a appelé ses premiers disciples.
On est au début du ministère de Jésus. Après s’être fait baptiser, il a été tenté pendant 40 jours dans le désert. Puis, écrit Matthieu au chapitre 4, « Jésus commença à proclamer : Changez radicalement, car le règne des cieux s'est approché ! ».
Il va alors appeler ses premiers disciples.
Matthieu 4.18-22
18Comme il marchait au bord de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, celui qu'on appelle Pierre, et André, son frère, qui jetaient un filet dans la mer – car ils étaient pêcheurs. 19Il leur dit : Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d'humains. 20Aussitôt ils laissèrent les filets et le suivirent. 21En allant plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère, qui étaient dans leur bateau avec Zébédée, leur père, à réparer leurs filets. Il les appela : 22aussitôt ils laissèrent le bateau et leur père, et ils le suivirent.
Jésus marche au bord de la mer de la Galilée, ou lac de Tibériade – un endroit magnifique. C’est là que peu après il va prononcer son « sermon sur la montagne ». On se trouve à Capharnaüm, un petit port de pêche pas loin de Nazareth, où Jésus a grandi. Il est encore chez lui, mais déjà en route vers d’autre horizons, en route pour la mission que le Père lui a confiée. Et il va entraîner avec lui quelques hommes, ceux-là même qu’il enverra faire d’autres disciples, à la fin de Matthieu.
C’est Jésus qui les choisit, en deux temps. Il voit d’abord Simon et André, les deux frères et les appelle : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d'humains ». Puis il voit Jacques et Jean, deux autres frères, et les appelle de la même façon.
Et tous le suivent.
L’immédiateté de leur réponse est frappante : « 20 Aussitôt ils laissèrent les filets et le suivirent » ; «22 aussitôt ils laissèrent le bateau et leur père, et ils le suivirent ».
L’Evangile de Jean laisse entendre que ces quatre jeunes hommes traînaient déjà dans l’entourage de Jésus, via Jean-Baptiste, ils le connaissaient et l’avaient déjà entendu.
Mais voilà le temps de prendre une décision, de faire un pas d’engagement. Jésus les appelle : ils obéissent, laissent tout, et le suivent.
«aussitôt ils laissèrent le bateau et leur père, et ils le suivirent ».
En insistant sur l’immédiateté de leur décision et sur ce qu’ils laissent derrière – leurs filets, leur barque, leur père ! – Matthieu nous parle de ce qu’est la foi, et de ce que signifie devenir disciple de Jésus, suivre Jésus.
Être disciple c’est s’attacher à Jésus
D’abord, être disciple c’est s’attacher à la personne de Jésus, ce qui entraîne l’obéissance à Sa Parole.
L’attachement à Jésus, en effet, est premier, et mystérieux. On retrouve dans d’autres récits de vocation ce même phénomène étonnant : Jésus voit quelqu’un, l’appelle… et celui-ci le suit, en dépit de toute raison ! La série The Chosen montre bien cela à propos de Matthieu, le collecteur d’impôts justement, qui laisse tout en plan, irrésistiblement attiré par Jésus.
Oui, Jésus est irrésistible. Pourquoi ? A cause de son enseignement, certainement, mais au-delà, dans sa personne même. Daniel Bourguet y voit la conséquence de son autorité divine et de l’amour puissant qui émane de lui.
« C’est cet indicible amour qui remplit le regard et la parole de Jésus, et qui se répercute dans la réponse des disciples. Leur obéissance si étonnante est tout simplement le fruit de l’amour que Jésus a pour eux, un amour si puissant qu’ils ne peuvent pas y résister, ni même le discuter. Ils peuvent seulement s’y ouvrir, l’accueillir…et le laisser œuvrer en eux pour produire le magnifique fruit de l’obéissance » .
Sommes-nous attirés par cet amour du Christ pour nous ?
Seul celui qui obéit à Jésus croit.
Le voilà qui appelle : « Venez à ma suite », et quatre jeunes pêcheurs obéissent.
C’est aussi cela, être disciple : obéir à ce que Jésus nous demande, par amour pour lui.
Dietrich Bonhoeffer voit dans cette obéissance le critère distinctif de la foi authentique, la foi vivante ; il écrit : « il n’y a pas d’autre chemin vers la foi que celui de l’obéissance à l’appel de Jésus… Seul celui qui est obéissant croit » .
Dietrich Bonhoeffer était pasteur en Allemagne lorsque Hitler a accédé au pouvoir. Il s’est opposé fermement à lui, à ses idées, ce qui l’a conduit en prison puis à la mort dans un camp de concentration. Quand il écrit : « Seul celui qui est obéissant à Jésus croit », il a face à lui des chrétiens qui ont choisi de ne plus obéir à Christ pour faire des compromis avec les idées nazies. L’Eglise protestante officielle notamment, qui s’allie au Reich afin de préserver ses acquis. Des gens qui se réclament du christianisme mais se laissent gagner aux idées racistes du Nazisme, pourtant totalement contraire à l’Evangile.
Ces personnes croient en Dieu et se réclament de Jésus… mais elles n’ont pas foi en lui. Elles ne le suivent pas. Elles ne sont pas ses disciples, parce qu’elles ne lui obéissent pas. Elles l’utilisent pour leur profit personnel, et en cela, elles le crucifient à nouveau au lieu de l’honorer.
C’est hélas ! ce que semblent faire de nombreux chrétiens évangéliques aux US et en France et ailleurs, et chacun de nous doit s’examiner sur ce point : est-ce que je suis un disciple de Jésus ? Quelqu’un qui choisit de le suivre et de lui obéir avant tout, quel que soit le coût ?
Suivre Jésus coûte
Car suivre Jésus coûte. Filets, bateaux, rivages de Galilée… c’est tout leur univers familier que ces jeunes hommes laissent derrière eux pour suivre Jésus. Et leurs proches, surtout ! Je suis touché par l’image de Zébédée, ce père que ses fils plantent là et qui se retrouve seul, dans sa barque… Osons croire que Dieu a pris soin de lui, aussi ! (Pour en savoir plus, consulter l’excellente série de BD le voyage des Pères, mais je ne garantis pas la fidélité biblique !)
«22 aussitôt ils laissèrent le bateau et leur père, et ils le suivirent ».
Ces hommes choisissent de mettre leur vie à la disposition de Jésus : voilà la foi vivante. Elle implique des détachements, des séparations ; il y a des choses qui doivent être laissées derrière, mais ce prix n’est pas celui d’une adhésion, comme s’il fallait mériter sa place de disciple : « regarde, Jésus, tout ce que j’ai abandonné pour te suivre, je mérite bien une place dans ton Eglise ». Non ! C’est Jésus qui appelle, qui choisit, par pure grâce, et nos mérites n’y sont pour rien.
Mais c’est à l’amour qu’il nous appelle, dans un don total de nous-mêmes, et nous ne pouvons pas le suivre si nos cœurs sont retenus par d’autres amours, d’autres attachements qui nous retiennent de le suivre. Je pense à ce jeune homme riche que Jésus va appeler aussi, et qui ne parviendra pas à le suivre parce qu’il est trop attaché à ce qu’il possède. A celui qui veut bien le suivre, mais doit d’abord profiter de ce qu’il vient d’acheter, etc.
Attention, la vie chrétienne ce n'est pas d'abord renoncer à quelque chose. En marchant derrière Jésus nous allons laisser des choses derrière, mais c’est parce que celles-ci vont se détacher de nous, perdre de l’importance que nous leur donnions… Nous allons sortir de notre sphère de protection d’abord parce que nous y sommes attirés, parce que nous percevons dans la vie avec Jésus quelque chose de plus précieux, de plus exaltant, de plus vivant. Quelque chose qui mérite que nous mettions notre vie à la disposition de Jésus, comme Jean, Jacques, Pierre et André avant nous.
Est-ce que ma vie est à disposition de Jésus ?
Suivre sans tout comprendre
La première chose à laquelle ces hommes renoncent, c’est à maîtriser leur destin, choisir leur destination. Ils décident de suivre Jésus… sur un projet plutôt flou : « je ferai de vous des pêcheurs d’hommes et de femmes » ! Le contenu de la proposition n’est pas très clair, ils le découvriront au fil de la route – à travers la souffrance et l’épreuve, souvent. Nous savons que « pécher des hommes et des femmes », ce sera partager avec eux l’amour de Dieu, la bonne nouvelle de l’Evangile. Eux ne le savent pas encore. Mais ils ont l’essentiel : l’attachement à Jésus. S’ils partent, c’est parce que cet homme là vaut la peine d’être suivi. Cela ne s’explique pas vraiment. Je pense à Paul qui dit en Philippiens 3 : « Jésus-Christ s’est saisi de moi ».
Une façon de dire la force de la rencontre, et dans cette rencontre la puissance de vie que l’on a perçue. La promesse de « devenir » avec Jésus – devenir quoi ? Ce n’est pas clair, mais être amené plus loin. Devenir plus vivant, plus aimant. Sortir d’une vie qui se cherche, d’une vie étroite qu’on cherche pourtant à remplir en consommant des objets, de la nourriture, des loisirs et des séries… pour entrer dans une vie que Dieu remplit – de son amour, de sa présence – tout en l’élargissant sans cesse et en lui donnant un sens, une mission, une vocation. Comme ces modestes pêcheurs à qui Dieu va confier la transmission de son Evangile et la responsabilité de son peuple !
Oui, suivre Jésus, c’est vivre pleinement, intensément, et se déployer dans le service du Royaume de Dieu, c’est partager son amour et travailler à avec lui à la guérison du monde.
Avancer un pas à la fois
Mais encore une fois, cela implique que nous décidions de répondre à son appel. « Seul celui qui obéit croit ».
Jusque-là, nous avons cru comme si Dieu était une ressource à notre disposition. Maintenant, nous allons nous mettre à sa disposition, nous allons devenir ses disciples. Mais comment faire ? Par où commencer ?
Henri Nouwenn écrit :
« Suivre Jésus ne requiert pas de grands gestes dramatiques. Le secret de la vie spirituelle, c'est qu'on connaît déjà les petits pas à faire, même si on ne connaît pas les grands. Il suffit d'avancer un pas à la fois. Exemple concret : cesser de médire de quelqu'un. Personne ne le remarque, mais c'est un premier pas. Puis on lui sourit. Puis on l'invite. Et on se retrouve amis, au bout d'un long chemin de petits pas.
Le premier pas est d'écouter. Le second est de sortir de « moi » et de « mes peurs». À chaque décision, on peut se demander : « Est-ce que j'agis par peur ou par confiance ? » Toujours choisir l'amour. Jésus ne demande pas de sauter, mais d'avancer prudemment, pas à pas.
Il est celui qui promet la vie en abondance. Son invitation n'est pas de rendre la vie difficile, mais de nous orienter vers cette plénitude » .
Toujours choisir l'amour. Et choisir aujourd’hui, où Jésus nous appelle, ne pas remettre à plus tard !
« Aussitôt, ils laissèrent leurs filets et le suivirent ».
Questions pratiques : sur quoi obéir ? Quel pas ?
Nous consacrerons encore la prédication de dimanche prochain à cette question : que signifie « suivre Jésus » ?
Faire un pas, et le faire pour Jésus, par obéissance et amour pour lui. Sans attendre, « aussitôt »…
Prenons le temps de réfléchir dans la prière à ce que peut être ce premier pas.
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