Prédication du 5 avril 2026 Pâques – Luc 24.1-12 - « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ?"
Jésus est ressuscité, vraiment ressuscité !
En ce jour de Pâques, voilà l’affirmation que nous portons…
tellement folle ! Il est facile de dire ces mots comme des mots
« religieux », traditionnels, une fois par an dans une Eglise, comme
on se raconte de belles histoires pour se faire du bien, tout en sachant
bien, au fond, que tout cela n’a rien de réel, que ça ne changera pas notre vie
quotidienne…
Vraiment ?
Voilà peut-être la question la plus importante pour
nous : et si c’était vrai,
et si Jésus de Nazareth était en effet revenu à la vie trois jours après avoir
été exécuté sur une croix ? Est-ce que ça ne changerait pas tout ?
La mort, alors, ne serait plus cette bouche avide libre
d’engloutir tout ce qu’il y a dans ce monde, sans que rien ne puisse lui
échapper, même les plus belles choses, les êtres les plus précieux…
Il y aurait plus qu’un vague espoir : de l’espérance
pour l’avenir !
Jésus est ressuscité, vraiment ressuscité !
C’est bien le témoignage des premiers chrétiens, à
l’unanimité. Qu’est-ce qui a pu les pousser à croire cela, affirmant même
qu’ils avaient rencontré Jésus ressuscité ?
Les Evangiles nous éclairent sur ce point, car ils sont la
trace écrite des premiers témoignages sur cet événement. Arrêtons-nous ce matin
sur le récit qu’en fait Luc, après avoir mené une enquête auprès des
différents témoins.
On se trouve donc trois jours après la mort de Jésus sur une
croix. Son corps a été placé dans une grotte fermée par une lourde pierre,
selon la coutume de l’époque.
Luc 24.1-11
1Le dimanche de grand
matin, les femmes se rendirent au tombeau, en apportant les huiles parfumées
qu'elles avaient préparées. 2Elles découvrirent que la pierre
fermant l'entrée du tombeau avait été roulée de côté ; 3elles
entrèrent, mais ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. 4Elles
ne savaient qu'en penser, lorsque deux hommes aux vêtements brillants leur
apparurent. 5Comme elles étaient saisies de crainte et tenaient
leur visage baissé vers la terre, ils leur dirent : « Pourquoi
cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? 6Il
n'est pas ici, mais il est ressuscité. Rappelez-vous ce qu'il vous a dit
lorsqu'il était encore en Galilée : 7“Il faut que le Fils
de l'homme soit livré à des pécheurs, qu'il soit crucifié et qu'il
ressuscite le troisième jour.” »
8Elles se rappelèrent
alors les paroles de Jésus. 9Elles quittèrent le tombeau et
allèrent raconter tout cela aux onze et à tous les autres disciples. 10C'étaient Marie de
Magdala, Jeanne et Marie, mère de Jacques. Les autres femmes qui étaient avec
elles firent le même récit aux apôtres. 11Mais ceux-ci
pensèrent que ce qu'elles racontaient était absurde et ils ne les crurent pas. 12Cependant
Pierre se leva et courut au tombeau ; il se baissa et ne vit que les
bandes de lin. Puis il retourna chez lui, très étonné de ce qui s'était passé.
Que raconte Luc ? Des femmes
proches de Jésus se sont rendues à son tombeau pour l’embaumer, selon la
coutume… mais le tombeau était ouvert, le corps avait disparu et deux
hommes « aux vêtements brillants » leur sont apparus, et leur ont
déclaré que Jésus était ressuscité, en les renvoyant à ce que Jésus lui-même
leur avait dit avant sa mort. Elles ont alors couru annoncer cela aux
disciples… qui ne les ont pas crues – « ils pensèrent que ce
qu’elles racontaient était absurde ».
Autre traduction : « ils crurent que c’était des
niaiseries » !
Voilà tout ce que l’on sait sur cet
événement qui a changé la face du monde : un corps disparu, et des apparitions –
dont celle de Jésus – qui auraient suivi cette disparition. Comment expliquer
ce tombeau vide ? L’Evangile de Matthieu raconte que les opposants de
Jésus avaient fait mettre des gardes devant la tombe parce qu’ils craignaient
justement que les disciples de Jésus volent son corps pour faire croire à une
résurrection. Donc pas de vol possible. Pourtant le corps n’est plus là.
En racontant cet événement, Luc ne cherche pas à donner des
preuves, mais à créer chez nous une interrogation, à nous inviter à faire un
chemin de foi.
Notons que si ce récit avait été
inventé, personne n’aurait choisi des femmes comme premiers témoins :
à l’époque, la parole des femmes n’avait aucune importance et elles ne
pouvaient même pas témoigner dans les procès. Pourtant Luc insiste bien sur
leur rôle ce matin de Pâques, il les identifie même – il les honore
: « 10C'étaient Marie de Magdala, Jeanne et Marie,
mère de Jacques. Les autres femmes qui étaient avec elles firent le même récit
aux apôtres ».
Ces femmes, toutes des proches de
Jésus, sont les premières à avoir osé croire cette nouvelle extraordinaire de
la résurrection de celui qu’elles suivaient et aimaient.
Et c’est à elles que Dieu
choisit de révéler la nouvelle en premier !
Ensuite, on voit aussi que Luc ne
cache pas les mystères qui entourent la découverte du tombeau vide, ni les
interrogations des différents acteurs : les femmes qui « ne
savaient qu’en penser », les disciples qui « pensèrent que ce
qu'elles racontaient était absurde et ils ne les crurent pas ». Et comment
leur reprocher ! Si nous avions été à leur place, nous aurions trouvé
cela absurde, nous aussi. Des bavardages de femmes, voilà tout. Croire en
Jésus pour ses guérisons impressionnantes, ses miracles mystérieux, ses
enseignements totalement nouveaux et pleins d’autorité, d’accord… mais de là à
dire qu’il soit revenu de la mort, n’exagérons rien !
Si nous avions été à leur place,
nous aurions trouvé cela absurde. Alors pourquoi y croire aujourd’hui ?
C’est une bonne question ! Il
y aurait bien des choses à dire, très personnelles.
En ce qui me concerne, je suis
particulièrement interpellé par la façon dont cette poignée d’adeptes de Jésus,
que sa mort laisse effrayés et totalement découragés, va soudain changer de
posture à partir de ce jour-là, relever la tête et aller porter partout ce
témoignage de la résurrection avec un courage qu’ils n’avaient jamais eu…
Beaucoup mourront même en
refusant de céder sur cette affirmation : Jésus est ressuscité !
Il s’est vraiment passé quelque chose au-delà de la
dynamique de groupe, de l’autosuggestion, de l’endoctrinement religieux.
Luc ici montre d’ailleurs que la
réalité de la résurrection n’a pas été tout de suite évidente même pour ceux
qui ont assisté à l’événement, qu’il a fallu un cheminement.
Dans ce cheminement, une parole
ici pèse lourd : c’est la question des deux hommes
« brillants » - des anges ? : « pourquoi cherchez-vous parmi les morts
celui qui est vivant ? ».
Si les plus proches disciples de
Jésus eux-mêmes n’arrivent pas à croire que leur maitre soit ressuscité – alors
qu’il leur avait annoncé qu’il le serait ! – c’est qu’ils cherchent
parmi les morts celui qui est vivant. C’est-à-dire qu’ils n’ont pas compris,
ou pas pu croire qu’il n’était pas juste un humain lié à ce monde où la mort
règne, mais qu’il était « celui qui est vivant », le Dieu de la vie
lui-même – et qu’alors, la mort ne pouvait pas le retenir.
Sans doute que la foi de ces
premiers disciples était encore très théorique, ou très religieuse ;
la croyance en un Dieu créateur et souverain, oui, mais régnant
« là-haut », pas sur la terre où tout semble voué à la mort.
Pas dans leur vie, leur vraie
vie. Comme beaucoup de gens croient à « quelque chose », à
une vie après la mort, sans que cela impacte leur façon de vivre au quotidien. Ce
premier matin de Pâques, les disciples peut-être en sont là.
Mais les femmes viennent les
bousculer avec leur découverte, alors le doute s’insinue chez Pierre d’abord :
« (les apôtres) pensèrent que ce qu'elles racontaient était absurde et ils
ne les crurent pas. 12Cependant Pierre se leva et courut
au tombeau ; il se baissa et ne vit que les bandes de lin. Puis il
retourna chez lui, très étonné de ce qui s'était passé ».
Et c’est là que tout commence,
dans ce doute qui
vient s’insinuer : « et si c’était vrai ? Si Jésus
n’était pas parmi les morts… parce qu’il est vraiment le Dieu de la vie, le
Vivant » ?
Quelqu’un a dit : « la
foi est un doute surmonté ». C’est vrai, croire ce n’est pas éteindre son
cerveau, ses questions, et accepter des affirmations sans réfléchir, au
contraire : c’est une démarche de choix sans cesse renouvelé, qui doit
accueillir le doute, le regarder en face.
Bien sûr, on ne réinvente pas
tout tout seul, et il y a entre les chrétiens des convictions partagées qui
sont l'héritage des témoins des siècles passés — dans une longue chaîne de
transmission qui remonte aux premiers apôtres. C'est précisément pour cela
que les Évangiles ont été écrits : transmettre un témoignage, diffusé au sein
de communautés de gens qui ont eux-mêmes fait l'expérience de la rencontre
avec le Ressuscité et qui la transmettent à d'autres qui font l'expérience
à leur tour, et ainsi de suite.
Mais peut-être même qu’avant même
qu’on s’intéresse à cet héritage, la foi peut commencer par un doute. Un doute… sur ce que nous avions cru jusque-là, comme
Pierre ici. Sur le pouvoir de la mort, sur l'absence d'espérance dans ce
monde, sur la vie telle que nous la vivons sans Dieu — « la vie ne peut
pas être que ça ! ». Un doute qui crée une brèche d'espérance. Un doute qui va se
nourrir ensuite de rencontres avec des croyants que l’on trouve crédibles… d’événements
qui nous intriguent – comme les femmes avec le tombeau vide -, un doute qui crée
une brèche dans notre certitude que tout ça ce sont des niaiseries… pour faire
monter en nous cette question : « et si c’était vrai ? ».
Et si en effet, plutôt que de
chercher chez les morts, en restant dans le connu de ce monde où tout peut
sembler désespérant… nous cherchions du côté de Celui qui est vivant ?
La foi alors, ça serait oser suivre cette piste :
« Et si Jésus de Nazareth était ressuscité ? Et s’il était vraiment celui qu’il
prétendait être – Dieu venu nous rencontrer pour établir une relation
personnelle avec nous, dans cette vie et au-delà ? ».
C’est bien ce que nous
confessons, nous les chrétiens, spécialement le jour de Pâques : jusqu’où est-ce que ça change
notre façon de vivre au quotidien ?
Pâques est l’affirmation que Jésus
n'est plus parmi les morts, contrairement aux autres personnages
historiques. Il est ressuscité — et ça change tout. Depuis 2000 ans, ce message
de Pâques pénètre dans le monde et apporte avec lui une force capable de
changer nos vies et provoquer en nous une vie nouvelle centrée sur l’amour et
l’espérance, joyeusement !
Alors ne vivons plus comme si
Dieu n’était qu’une belle idée, comme si la résurrection n’était réelle
qu’un jour par an !
Le vivant n’est plus parmi les
morts, et nous n’avons pas
à y rester non plus : au milieu de notre monde, Dieu a agi avec une
puissance à laquelle la mort elle-même n’a pas pu résister.
Que cet événement de Pâques...
nous remplisse de doute ! : doutons que la mort soit la seule fin
possible ! Que ce monde soit sans espoir, que l’être humain ne puisse pas
être changé, que seuls les plus forts aient un avenir, que le seul sens de la
vie soit de profiter au maximum aujourd’hui, en essayant de ne pas penser à
demain. Doutons de tout
cela ! pour chercher Celui qui est vivant et nous engager avec
lui !
Dans son amour, il veut nous
rendre vivants avec lui – maintenant et pour l’éternité !
Alors osons lui demander de se
révéler à nous, de nous aider à le trouver.
Et sans attendre, avançons sur le
chemin de la foi, même à pas hésitants, en portant nos questions et nos doutes.
Le Christ est vivant et il saura nous guider.
Lorsque les femmes arrivèrent au tombeau
c’était de nuit
nuit de l’absence
où se disloque l’espérance
Et c’est encore de nuit que nous venons à Toi
nos pas sont incertains
nos mots restent pris dans les filets du silence
Or voici qu’au bord de l’ombre
à la naissance du matin
la pierre qui barrait l’horizon
roule loin de la mort
Une faille s’ouvre dans la tristesse
les eaux d’amertume refluent
le roc d’angoisse devient une source
« Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est
vivant ? »
Parce que la vie n’a pas tout raconté
que le soleil n’a pas fini de se lever
qu’il y a malgré tout un lendemain
avec toi, Jésus ressuscité
C’est de nuit que nous venons à Toi
mais c’est de jour que tu viens à nous
Dans notre traversée des ténèbres
Réveille-nous
Parle-nous de lumière
Emmène nous
vers la vie qui est devant
et qui attend
D’après Francine Carrillo
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