Prédication du 17 mai 26 - Ascension - Actes 1.6-14 - Une identité et une mission à redécouvrir
Actes 1.6-14
6Ceux qui étaient
réunis auprès de Jésus lui demandèrent : « Seigneur, est-ce en ce
temps-ci que tu rétabliras le règne pour Israël ? » Jésus leur
répondit : « Il ne vous appartient pas de savoir quand viendront les
temps et les moments, car le Père les a fixés de sa seule autorité. 8Mais
vous recevrez une force quand l'Esprit saint descendra sur vous. Vous
serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et
jusqu'au bout du monde. »
9Après ces mots, Jésus
fut élevé vers le ciel pendant que tous le regardaient ; puis
une nuée le cacha à leurs yeux. 10Ils avaient encore les
regards fixés vers le ciel où Jésus s'en allait, quand deux hommes habillés en
blanc se trouvèrent près d'eux 11et leur dirent :
« Gens de la Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? Ce
Jésus, qui vous a été enlevé pour aller au ciel, reviendra de la même manière
que vous l'avez vu s'en aller. »
12Les apôtres retournèrent à Jérusalem depuis la colline qu'on appelle le mont des Oliviers. Cette colline se trouve près de la ville, à environ une demi-heure de marche. 13Quand ils furent arrivés à Jérusalem, ils montèrent dans la chambre où ils se tenaient d'habitude, en haut d'une maison. Il y avait Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques le fils d'Alphée, Simon le zélé et Jude le fils de Jacques. 14Tous ensemble ils se réunissaient régulièrement pour prier, avec quelques femmes, dont Marie la mère de Jésus, et avec les frères de Jésus.
Un départ... qui met en route !
En méditant ce passage, j'ai été frappé par ce que les apôtres ont dû vivre en quelques heures. Depuis quarante jours, Jésus ressuscité était là, il les enseignait. On imagine à peine ce que ça devait être ! Et soudain, tout bascule : le voilà qui monte vers le ciel, le règne politique qu'ils espéraient ne se réalise pas, et ils se retrouvent seuls, les yeux levés vers un ciel qui s'est refermé. La seule instruction concrète qu'ils ont reçue : rester à Jérusalem et attendre l'Esprit Saint promis par Jésus.
La brutalité du départ… le trouble d’être soudain laissés
seuls par Jésus… tout cela aurait pu faire oublier aux apôtres le commandement
principal que Jésus vient de leur laisser : être ses témoins.
C’est sans doute pourquoi Dieu vient interrompre leur
sidération par la voix de deux hommes en blanc, probablement des anges :
« Gens de la Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder
le ciel ? Ce Jésus, qui vous a été enlevé pour aller au ciel, reviendra de la
même manière que vous l'avez vu s'en aller. »
Autrement dit : Ne restez pas là, Jésus vient de
vous confier une mission, en route !
Alors les apôtres retournent à Jérusalem. Ils se retrouvent
dans la pièce qu'ils connaissent bien, leur lieu habituel. Comme on se serre
autour d'une table après un deuil, pour se réconforter et réfléchir à la suite.
Si Jésus n'avait été qu'un leader charismatique parmi
d'autres, l'histoire s'arrêtait là. Le groupe se dispersait — certains partant
chercher un successeur, d'autres construire un musée à sa mémoire, d'autres
passant tout simplement à autre chose.
Mais ce n'est pas ce qui se passe. Le groupe reste uni et
s’engage dans la prière, en attendant l’Esprit Saint promis.
Une
vision qui change tout
Si ce groupe ne se décourage pas, s'il reste mobilisé, c'est
donc parce qu'il a reçu une vision claire à la fois de ce que Dieu est en
train de faire, et de ce qu’il leur demande de faire.
Une vision de ce que Dieu fait, que Jésus leur a exposée
longuement avant son départ, et que les anges résument : Jésus est parti,
mais il reviendra. Ce départ n'est pas une fin — c'est le début d'une période
nouvelle, délimitée par Dieu qui décide des « temps et des moments »,
et qui s'achèvera à son retour.
Dans cet intervalle, les apôtres ont une mission à
remplir. Ils ont une direction, un sens, quelque chose à accomplir — et
Jésus lui-même est avec eux pour ça. Il leur a indiqué l’étape suivante –
attendre l’Esprit saint qui va venir les équiper et les conduire pour la
mission, alors ils se concentrent dessus, retournent là où l’histoire s’est écrit
jusque là – la chambre haute – et ils prient.
« 14Tous ensemble ils se réunissaient
régulièrement pour prier, avec quelques femmes, dont Marie la mère de
Jésus, et avec les frères de Jésus ».
Les disciples se sont déjà réunis comme ça, en l’absence de
Jésus. C’était le jour de sa résurrection – et ils étaient terrorisés !
Cette fois, tout est différent, parce qu’ils savent qu’il est vivant,
qu’il est maintenant auprès du Père et que l’histoire va continuer. La vision
nouvelle qu’ils ont reçue les porte, porte leur prière, les soude aussi
– c’est beau de les voir prier ensemble, sans hiérarchie, d’un même cœur, hommes
et femmes, apôtres et proches de Jésus. On peut supposer qu’ils prient pour
rester proches de celui qui vient de les quitter, et aussi pour se préparer à
ce que Dieu va faire, et pour leur mission de témoins.
S’ils étaient restés à regarder le ciel, ou s’ils s’étaient
dispersés… que se serait-il passé ?
Mais ils ont pris au sérieux la vision et la mission que
Jésus leur avait donnée… et deux mille ans après, l'on compte plus de 2,6
milliards de chrétiens sur la planète. Avec, fait souvent méconnu, 47 % des
évangéliques en Afrique et 26 % en Asie, ce qui montre que le message a bel et
bien atteint « les extrémités de la terre ».
Les apôtres ont accompli leur mission — parce qu'ils savaient clairement
ce que Dieu faisait, et quelle était leur place dans cette œuvre.
Et nous, aujourd'hui, à Avignon ?
Nous qui sommes aussi les disciples de Christ… sommes-nous
portés, comme eux, par le commandement missionnaire du Christ, dans l’attente
de son retour ?
Disons-le en toute honnêteté : ce n’est pas si clair
que ça.
Il est vrai que deux mille ans plus tard, il nous est facile
de perdre de vue cette vision et cette mission que Jésus venait alors de leur
donner. Jésus a promis de revenir — mais tant de siècles se sont écoulés que
cette promesse peut sembler lointaine, presque abstraite.
En plus, le sentiment d'insignifiance peut peser sur
nous au point de nous décourager pour la mission. Nos vies sont tellement petites
dans ce monde ! Nous sommes si minoritaires, si peu puissants… citoyen
d’un pays angoissé qui cherche la paix dans la consommation, le repli sur soi,
le rejet des étrangers, de ceux qui vivent différemment… un pays réfugié dans
le déni et l’instant présent. Comment ne pas se laisser entraîner par un
courant aussi puissant ? Sans Christ, nous ne sommes pas plus forts que les
autres.
C'est là que l'exemple des apôtres vient nous interpeler directement,
pour nous inviter à retrouver courage et relever la tête avec le Seigneur.
Les apôtres n'étaient pas juste un groupe de gens
spirituels qui se retrouvaient une fois par semaine pour regarder le ciel. Ils
ne se retrouvaient pour prier ensemble juste parce que ça leur faisait
du bien – même si cet aspect était important aussi sans doute.
Ils n’avaient pas le projet de pérenniser leur
rassemblement dans la chambre haute à tout prix – pas de « fête des 50
ans » de la chambre haute !
La « communion fraternelle », les moments
ensemble, la prière les uns pour les autres n’étaient pas leur objectif
premier : Ils étaient des disciples du Christ ressuscité, leurs vies
étaient maintenant tout entière tournées vers son service, vers cette vie
nouvelle sous sa conduite, et pour la mission, et c’était cela qui comptait.
Parce
qu’ils étaient conscients d’être le
peuple de Dieu, un peuple en mission, gardé au milieu du monde pour le bénir et
manifester l’amour du Père, en Jésus-Christ et par le St Esprit.
Restons
en conscients nous aussi :
« Vous n'êtes plus des étrangers ni des résidents
temporaires ; vous êtes concitoyens des saints, membres de la famille de Dieu,
édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même
étant la pierre angulaire. » — Éphésiens 2.19-20
« Vous êtes la lignée choisie, la communauté royale de
prêtres, la nation qui appartient à Dieu, le peuple qu'il a fait sien. Il vous
a appelés à passer de l'obscurité à son admirable lumière, afin que vous
alliez annoncer ses œuvres magnifiques. » — 1 Pierre 2.9-10
Voilà
ce que nous sommes.
Deux
dérives à nommer
Dans les semaines qui viennent, nous allons continuer à
creuser ce que signifie « marcher avec le St Esprit » (pour la
Pentecôte) et « vivre la mission » (culte spécial le 7 juin).
Pour aujourd’hui, je voudrais surtout partager avec vous
cette question que je me pose aussi à moi-même : ma vie de foi est-elle orientée par la vision et
la mission que le Christ a confiées à ses apôtres ? Est-ce que je me
vois encore comme un membre de ce peuple racheté par Dieu « afin
d’aller annoncer ses œuvres magnifiques »… ou est-ce que l’Evangile, la
vie d’Eglise, la méditation de la Bible… sont devenus pour moi, d’abord, des sources de
bienfaits essentiellement personnels ?
Il nous faut être conscients que notre tradition
protestante évangélique nous influence sur ce point, avec les défauts de ses
qualités.
De fait, la première grande qualité protestante évangélique
(pas exclusive) , c’est la chaleur communautaire. Il est très important
pour nous de nous retrouver régulièrement dans des « chambres
hautes » pour prier ensemble, pour nous soutenir, comme les apôtres au
début – nous aimons encore plus les fameuses « agapes ». Et c’est
beau !
Le risque associé, c'est le repli communautaire : passer tout notre temps entre chrétiens,
dans une bulle chaleureuse et rassurante, et progressivement couper les ponts
avec le monde qui nous entoure… en oubliant que Dieu nous y a placés avec un
but, celui de la mission, celui de bénir ceux qui nous entourent en son nom. Attention
à ce que la vie d'Église ne devienne pas un refuge plutôt qu'un ! Attention
à l’Eglise bocal.
Voilà un premier point de vigilance collective, et un sujet de prière : comment
le Seigneur veut-il aujourd’hui nous conduire à bénir notre entourage, ici et
là où nous vivons ? Je crois que c’est la question la plus importante
pour la vitalité de notre communauté.
Deuxième grande qualité évangélique (pas exclusive non
plus) : la ferveur
spirituelle. C’est important pour nous de « regarder vers le
ciel », de louer le Christ Seigneur glorifié, de chanter ses louanges… de
discuter sur les mystères de la foi, les dons, la fin des temps, les miracles…
et c’est beau et important aussi !
Le risque associé, ici, ce serait là aussi de perdre de
vue la mission, l’envoi vers les autres, et de vivre une spiritualité seulement
autocentrée : Dieu et moi, Dieu pour moi. Une foi intense, profonde
peut-être, mais qui ne regarde qu'à l'intérieur — méditation, prière
personnelle, approfondissement théologique — sans jamais se tourner vers les autres.
Chacun de nous sera concerné par ces tendances, sans cesse,
et il ne s’agit pas de culpabiliser. L’équilibre se trouve dans la
marche ! Et nous pouvons nous encourager mutuellement à rester en
marche. A ne pas laisser
l’incertitude, l’usure, le découragement, la crainte nous enfermer à
l’intérieur de la chambre haute.
Il est intéressant de voir que dans le culte, ces deux
mouvements « vers l’intérieur/vers l’extérieur », « appel »
et « envoi » se rencontrent, s’équilibrent et se nourrissent l’un
l’autre : nous venons vers Dieu : nous déposons nos vies devant
lui, nous lui exprimons notre amour et notre adoration, nous écoutons sa
Parole. Et à travers tout cela, Dieu nous redit qui il est et qui nous
sommes — il nous prépare pour sa mission. Puis il nous renvoie dans le
monde. D'où l'importance de l'envoi final, qui n'est pas une formalité.
Comme la chambre haute des apôtres, notre local d'Église
peut être un lieu où reprendre souffle, se ressourcer ensemble, puiser dans la
louange et l'écoute de la Parole la force de repartir le servir tout le reste de la
semaine.
Le plus important n’étant pas de venir à l’Eglise… mais d’être l’Eglise, là où
Dieu nous place.
Je vous propose donc d’entendre pour nous aussi la question
des anges — légèrement adaptée :
« Hommes et femmes d'Avignon et des alentours, pourquoi
restez-vous là à regarder le ciel ? Ce Jésus, qui vous a été enlevé pour aller
au ciel, reviendra de la même manière que vous l'avez vu s'en aller. »
« Vous avez reçu une force quand l'Esprit saint est
descendu sur vous. Alors soyez ses témoins — au Pont des Deux Eaux, dans le
Vaucluse, le Gard, les Bouches-du-Rhône, et jusqu'au bout du monde. »
Cette Église a soixante ans d'existence, une histoire
riche... que Dieu veut continuer à écrire, pour Sa gloire ! Il veut
l’écrire avec chacun de nous, et avec tous les frères et sœurs des autres
Eglises de la région, tous membres de son peuple, tous en mission.
Qu’il nous encourage, chacun, et nous conduise, tous
ensemble.
Il a été glorifié, il règne, il intercède pour nous et il va
revenir !
Il nous aime, et il marche avec nous.
A lui seul soit la gloire.
Amen
Lecture
priante (texte de sœur Myriam)
Jésus est parti.
Il était avec eux tous les jours, mais il est parti.
Il les a nourris par avance du pain du ciel.
Par avance, il leur a dit quelle route il allait
prendre ; mais il est parti.
Il a rejoint les lieux d’en haut.
Et maintenant est le temps de la patience.
L’Esprit saint travaille, il frappe dans les cœurs, il
console de l’absence, il répète la présence.
Aussi l’Ascension est-elle la fête du courage où il faudra
prendre la route sans avoir la présence visible de Jésus.
Fête du courage et fête de la foi car c’est dans l’intime du
cœur qu’il faudra trouver la présence du Christ.
En attendant le retour du Christ, le Saint Esprit travaille,
il nous pousse, il nous invite à la moisson : ne lui résistons plus,
ouvrons nos portes, partageons ce qu’il nous a donné.
Amen
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