Prédication du 3 mai 2026 - Jean 21.15-19 - Suivre Jésus, devenir disciple (2/2)



 La semaine dernière, nous avons médité le récit de l’appel des 4 premiers disciples de Jésus, avec la question : « que peut signifier pour nous aujourd’hui « suivre Jésus ? ».

Continuons cette réflexion ce matin en méditant Jean 21.

Nous retrouvons les apôtres au même endroit où Jésus les avait appelés, 3 ans plus tôt environ. Quel chemin parcouru depuis ! Que d’épreuves, notamment pour Pierre qui a renié son maître et perdu bien des illusions. Mais voilà que Jésus leur réapparaît donc.

Que va-t’il dire à Pierre ?

15Après qu'ils eurent déjeuné, Jésus dit à Simon Pierre : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? Il lui répondit : Oui, Seigneur ! Tu sais bien, toi, que je suis ton ami ! Jésus lui dit : Prends soin de mes agneaux. 16Il lui dit une deuxième fois : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur ! Tu sais bien, toi, que je suis ton ami ! Jésus lui dit : Sois le berger de mes moutons.

 17Il lui dit pour la troisième fois : Simon, fils de Jean, es-tu mon ami ? Pierre fut attristé de ce qu'il lui avait dit pour la troisième fois : « Es-tu mon ami ? » Il lui répondit : Seigneur, toi, tu sais tout ! Tu sais bien, toi, que je suis ton ami ! Jésus lui dit : Prends soin de mes moutons. 

18Amen, amen, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu passais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et un autre te passera ta ceinture pour te mener où tu ne voudras pas. 19Il dit cela pour signifier par quelle mort Pierre glorifierait Dieu. Après avoir ainsi parlé, il lui dit : Suis-moi.

 

1.             Suivre Jésus commence par l'amour et la grâce, pas la performance

Ce que rapporte Jean ici est particulièrement émouvant : le récit d’une « restauration », d’une réconciliation et aussi d’un nouveau départ, d’un nouvel élan. La dernière fois que Pierre a aperçu Jésus, c’était quand il était dans la cour où lui, le disciple zélé et fougueux, a renié son maître. Avec insistance. Trois fois.

Et voilà Jésus qui vient vers lui pour renouer le lien et le remettre en route, d’une façon nouvelle. 

Qu’est-ce qui se passe dans la tête et le cœur de Pierre depuis son reniement ? L’Evangile ne le dit pas. Il est peut-être troublé, plein de désillusions notamment sur lui-même, après sa trahison.

Et voilà Jésus qui vient le chercher là en Galilée, où il s’est replié sur ordre des anges - « il vous précède en Galilée ».

Pierre est le premier à le reconnaître : « C’est le Seigneur ! ». Sa plongée dans l’eau a été comme un cri du cœur… mais « après le déjeuner », Jésus le prend à part… Que ressent Pierre ? Peut-être est-il mal à l’aise, un peu honteux. Peut-être qu’il s’attend à ce que Jésus lui reproche sa trahison, et ce serait juste.

Mais de façon surprenante, Jésus lui pose simplement cette question : « M'aimes-tu ? ».

Il lui demande trois fois, comme trois soins apportés aux trois reniements de Pierre – « je ne connais pas cet homme ».

Pas « qu’est-ce qui t’a pris ? » ; « repens-toi », « je ne veux plus te voir », « tu m’as trahi »…

Simplement : « m’aimes-tu »

Je crois que tout – suivre Jésus, être disciple, être l’Eglise… tout s’origine et se fonde dans cet amour de Dieu qui, en Jésus, vient nous rejoindre là où nous sommes et nous inviter à l’aimer.

« M’aimes-tu ? ».

La fondation de tout l’édifice chrétien c’est ce mouvement de Dieu qui vient chercher des hommes et des femmes pourtant en rupture avec lui pour les inviter à devenir ses enfants, son peuple. Ce qu’on appelle la grâce.

Etre disciple ne se fonde donc pas sur une perfection morale qu’on devrait atteindre ou des compétences qu’on devrait acquérir – bien connaitre la Bible, bien prier - mais sur une réponse d’amour que Dieu nous invite à lui donner : « m’aimes-tu ? ».

2.           Devenir disciple passe par des chutes et des relèvements.

Précisément, Jésus demande à Pierre : « m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » - c’est-à-dire les autres disciples. Pourquoi ? Peut-être parce que Pierre a toujours été celui qui se vantait le plus[1]. La nuit où Jésus a été livré, alors que les autres disciples se taisaient, c’est lui qui a affirmé « je suis prêt à donner ma vie pour toi ! ». Après, c’est lui qui a sorti son épée pour défendre Jésus. Et pourtant c’est lui qui a renié Jésus. Il est tombé du haut de ses prétentions, de ses illusions sur lui-même.

Jésus vient le réhabiliter publiquement et le réintégrer au groupe des apôtres. Pour cela, il le rejoint là où il a chuté en lui donnant l’occasion de confesser son amour autant de fois qu’il l’a renié. 

Alors la remontée va être possible, de l’humiliation vers un nouvel envoi : « prends soin de mes brebis » ; « suis-moi ».

Peut-être qu’il était nécessaire que Pierre échoue, s’égare et désespère lui-même pour pouvoir prendre correctement soin du troupeau du Seigneur. Il fallait que l’humiliation l’amène vers l’humilité, et une plus grande dépendance à son Seigneur.

On pense à ces soignants ou accompagnateurs qui ont eux-mêmes traversé une dépression, un deuil difficile, une dépendance. Souvent, ce sont eux les plus capables d'accompagner les autres dans des épreuves similaires — non pas parce qu'ils ont une technique, mais parce qu'ils savent de l'intérieur ce que c'est. L'échec traversé et relevé devient une ressource pour les autres.

Jésus lui avait dit qu’il en serait ainsi, juste avant son arrestation :

« 31Simon, Simon ! Écoute : Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme on le fait pour purifier le grain. 32Mais j'ai prié pour toi, afin que la foi ne vienne pas à te manquer. Et quand tu seras revenu à moi, fortifie tes frères et tes sœurs. » 33Pierre lui dit : « Seigneur, je suis prêt à aller en prison avec toi et à mourir avec toi ! » 34Jésus lui répondit : « Je te le déclare, Pierre, le coq n'aura pas encore chanté aujourd'hui que tu m'auras renié trois fois. »

« Quand tu seras revenu à moi, fortifie tes frères et tes sœurs ». C’est cela, « paitre les brebis » de Jésus : ancré dans sa propre expérience de l’échec et de la grâce, Pierre va pouvoir encourager à son tour ses frères et sœurs, partager avec eux cette bonne nouvelle du pardon divin dont il a été l’un des premiers bénéficiaires. Il a été « passé au crible », purifié d’une bonne part de son orgueil prétentieux. Il est tombé et a été relevé, et pour Jésus c’est une condition nécessaire pour qu’il devienne chef de son équipe d’apôtre, un chef plus humble, plus compréhensif avec les chutes des autres, plus conscient de ses limites et de son besoin de Dieu. Plus sage, en somme.

Jésus lui permet de voir cette chute comme une étape, et une occasion de mettre de nouveau sa vie à la disposition de Dieu, comme il l’avait fait au début, quand Jésus l’a appelé au bord de ce même lac.

Jean montre que la répétition de la question blesse Pierre (v. 17). Mais c’est que Jésus ne se contente pas de réponses superficielles. Il cherche chez Pierre de l’honnêteté et s’il vient le confronter à ses limites et lui rappeler indirectement sa trahison, c’est parce que Pierre doit les regarder en face pour sortir du repli, du remords, et aller de l’avant, plus humble, plus dépendant.

Il y a une différence entre la culpabilité qui enferme et la repentance qui libère. La culpabilité dit : « je suis mauvais, je ne vaux rien. » La repentance dit : « j'ai fait fausse route, mais je reviens. » Pierre aurait pu rester dans le remords, prostré sur sa faute. Jésus l'invite à autre chose : regarder la blessure en face, l'accepter, et repartir.

Nous voyons généralement nos échecs comme des disqualifications – et parfois, ils peuvent l’être, si nous ne « revenons » pas vers le Seigneur et que nous nous entêtons à vouloir nous sauver nous-mêmes.

Mais la sagesse de Dieu n’est pas la nôtre. Ce qu’il attend de nous ce n’est pas de la compétence et de la perfection mais un cœur disponible, humble, conscient de ses faiblesses, et profondément désireux d’avancer avec lui. 

3. Suivre Jésus c’est servir les autres.

Jésus ne fait pas que se réconcilier avec Pierre : il lui donne un nouvel élan, un nouvel appel, orienté vers le service des autres. Chaque réponse de Pierre ouvre sur cette mission de service concret que Jésus lui confie : « Pais mes agneaux… Sois le berger de mes brebis… Pais mes brebis. ». Voilà le pécheur devenu pécheur d’humains qui va être berger ! Avec Dieu, rien n’est jamais figé pour toujours.

M’aimes-tu ? Prends soin de mes brebis. L’amour pour Jésus se manifeste par le service des autres. Il ne s’agit pas d’en rester à des élans émotionnels. Puisque l’amour est fait d’actions, aimer Jésus c’est agir pour les autres avec lui et pour lui.

L'amour pour le Berger se démontre en prenant soin de son troupeau.

Au fond, « prends soin de mes brebis » et « suis-moi », c’est la même chose.

Quand nous suivons Jésus… il nous amène vers les autres, et nous dit : « mets-toi à leur service ! c’est comme ça que tu m’aimeras, et en même temps, tu apprendras à t’aimer toi-même de façon ajustée, et à aimer les autres comme cela ».

Telle est la mission pour laquelle Pierre va repartir avec Jésus, et elle ne sera pas de tout repos. Nous le retrouverons dans les semaines qui viennent au moment de l’Ascension, et de la pentecôte, où il prendra la parole avec une autorité nouvelle. Pierre va en effet jouer un rôle important dans les premiers temps de l’Eglise, on le sait. Suivre Jésus va l’amener vers de nouvelles aventures souvent exaltantes, souvent difficiles… jusqu’à mourir pour son Maître, comme celui-ci lui annonce au verset 19. 

Mais à chaque jour suffit sa peine. Au bord du lac, ce jour-là, c’est le temps du renouvellement de son engagement, le temps d’un nouvel élan, d’un nouveau « oui » à Dieu.

C’est la même chose pour nous. Peut-être qu’au travers des expériences difficiles, ou usantes, ou des déceptions, des blessures… nous avons perdu la connexion avec Jésus, le feu pour le suivre... Ou peut-être pas ! Dans tous les cas, il est là, près de nous, là où nous nous tenons aujourd’hui, là où peut-être nous nous sommes repliés, et il nous invite à lui faire confiance à nouveau, à continuer la route avec lui.

La suite du chemin sera différente parce que nous avons changé. De cette personne différente, il saura faire une source de bénédiction nouvelle pour les autres. « Prends soin de mes brebis ».

Et si tout ça nous paraît trop abstrait, si nous ne savons pas quoi faire pour suivre Jésus, quel pas, quel engagement… commençons par nous intéresser aux gens autour de nous et demandons à Dieu de nous montrer comment, concrètement, les servir, les bénir, avec ce que nous avons reçu.

En essayant d’aimer ceux qui nous entourent, en essayant avec Dieu, avec ses ressources, nous grandirons, nous serons transformés nous aussi… nous montrerons à Jésus que nous l’aimons et au monde que nous sommes ses disciples.

Que Dieu ouvre notre intelligence, nos yeux, nos cœurs, et dirige nos pas.

Amen

Question

Si Jésus vous demandait aujourd'hui « m'aimes-tu ? », quelle serait votre réponse ?

 

(Temps de silence et de prière)

 

 

 



[1] D.A.Carson, Jean, XL6, p.898

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