Prédication du 14 juin 2026 - Luc 2.41-52 - Quand Dieu nous bouscule pour mieux se révéler
Aujourd’hui, nous partageons la joie d’être témoins de
l’engagement de G. , T. et B. À travers le baptême, ils vont faire
cette confession de foi qui les unit à Christ. Ils sont très différents par
leur âge, leur origine et leur parcours. En cela, ils illustrent la
diversité des appels de Dieu. Chacun a été appelé d'une manière singulière,
souvent en dehors de nos schémas préétablis. La façon dont Dieu peut
bousculer nos certitudes pour les élargir et nous permettre de mieux le
rencontrer est, en soi, un encouragement.
C’est ce que révèle le passage que nous allons méditer. Un
texte qui m’a été soufflé indirectement par G. et T. car c'est lui qui a
nourri, depuis longtemps, leur désir de baptême : le récit unique de
l'adolescence de Jésus, en Luc 2.41-52.
Luc
2. 41-52
41Chaque année, les parents de Jésus montaient à
Jérusalem pour la fête de la Pâque. 42Lorsque Jésus eut
douze ans, ils l'emmenèrent avec eux selon la coutume. 43Quand
la fête fut terminée, ils repartirent, mais l'enfant Jésus resta à Jérusalem et
ses parents ne s'en aperçurent pas. 44Ils pensaient que Jésus
était avec leurs compagnons de voyage et ils firent une journée de marche. Ils
se mirent ensuite à le chercher parmi leurs parents et leurs amis, 45mais
sans le trouver. Ils retournèrent donc à Jérusalem en continuant à le chercher.
46Le troisième jour, ils le trouvèrent
dans le temple : il était assis au milieu
des spécialistes des Écritures, les écoutait et leur posait des
questions. 47Toutes les personnes qui l'entendaient étaient
stupéfaites de son intelligence et des réponses qu'il donnait. 48Quand
ses parents l'aperçurent, ils furent saisis d'émotion et sa mère lui dit :
« Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Ton père et moi, nous
étions très inquiets en te cherchant. » 49Il leur
répondit : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que
je dois être dans la maison de mon Père ? » 50Mais
ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait.
51Jésus repartit avec eux à Nazareth. Il leur
obéissait. Sa mère gardait en elle le souvenir de tous ces événements. 52Et
Jésus grandissait. Il progressait en sagesse et se rendait agréable auprès de
Dieu et de chacun.
Une crise nécessaire
Ce récit est étonnant. Il nous montre un enfant, élevé par
des parents à la foi exemplaire, qui pourtant provoque une crise. Une
crise d'indépendance, une crise d'adolescence, si vous voulez.
Luc met en lumière le caractère extraordinaire de Jésus.
À douze ans, il parle théologie avec les maîtres de la Loi. C'est un enfant
surdoué, capable de saisir les choses de Dieu bien avant l'âge habituel. Luc
souligne sa sagesse hors du commun, qui est une « compréhension
approfondie des choses de la foi », littéralement.
G. et T., voilà déjà un encouragement pour vous : la
valeur spirituelle n'attend pas le nombre des années ! Comme le dit Paul à
Timothée : « Que personne ne méprise ta jeunesse. » Ce qui compte pour Dieu, ce
n'est pas notre âge, mais l'authenticité de notre foi, une foi que les
enfants nous enseignent par leur confiance simple et spontanée.
Certains pourraient objecter : « Oui, mais Jésus est Dieu !
On ne peut pas s’appliquer son parcours à nous-mêmes ». C’est vrai, Luc
souligne la perfection divine de cet enfant qui lui permet de connaître la
volonté de Dieu sans passer par l'enseignement religieux. Et qui pourtant,
reste humble, « obéissant à ses parents », qui grandit, progresse en sagesse et
devient agréable à Dieu et aux hommes.
Un enfant parfait ! Avec des parents exemplaires :
Joseph et Marie sont des juifs très engagés, qui suivent scrupuleusement la loi
de Moïse, quoi qu’il en coûte, car se rendre au Temple de Jérusalem pour Pâques
représente quatre à cinq jours de marche – pourtant ils le font chaque année. Jésus
est donc un enfant soumis à la Loi de Moïse, familialement et personnellement, il
est devenu un membre à part entière de la communauté des hommes, conformément
aux prophéties de l'Ancien Testament.
Le cœur du message : une
relation nouvelle
Si le récit s'arrêtait là, nous ne pourrions que contempler
cette perfection, en mesurant tout l'espace qui nous en sépare. Nous
serions renvoyés à nos propres réalités, moins glorieuses : nos enfants
peut-être moins motivés pour les « choses de la foi », nos propres limites dans
l'engagement ou la connaissance.
Mais ce que Luc veut mettre en valeur ici, c’est moins la
perfection de la Sainte Famille que la crise qui vient la bousculer :
le cœur du passage, c’est le dialogue entre Marie et son fils, et cette
incompréhension qui précède la révélation, avec cette parole qui est la
première de Jésus dans l’Evangile : « Pourquoi me
cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon
Père ? »
Ce que Luc met en avant, c'est cette première fissure dans
l'harmonie de la sainte famille, une crise nécessaire et bénéfique,
provoquée par amour !
Une crise familiale assez ordinaire, au
départ : Joseph et Marie s'aperçoivent qu'ils ont perdu Jésus, ils le cherchent
pendant trois jours... on imagine avec quelle angoisse. Du coup, quand elle le
retrouve, Marie, « saisie d'émotion », déverse sa tension sur Jésus : «
Pourquoi nous as-tu fait cela ? ». Comportement classique d'une mère qui
sent son enfant lui échapper et tire sur le lien affectif pour le ramener. L’adolescent qui tire de son côté pour
prendre le large, insensible en apparence : « pourquoi me cherchiez-vous ? »… et le
père qui se tait !
On peut être surpris de l'attitude de Jésus. N'est-il pas
sans péché ? Pourtant, il tient tête à ses parents. Mais est-ce un péché ?
Toutes les crises ne sont pas des manifestations du mal. Au contraire, elles
sont souvent des occasions de réajuster les choses, de retrouver des relations
plus saines. La crise fait partie de la vie, car la vie est changement.
Une révélation : « La
maison de mon Père »
Or, c'est un changement profond que Jésus opère ici,
provoquant une crise bien au-delà de sa sphère familiale. Enfant né sous la
Loi, il vient non seulement l'accomplir, mais aussi la dominer. Par la liberté
que lui confère son unité avec le Père, il veut la dépasser et établir un
ordre nouveau : le Royaume de Dieu.
Il est donc normal que son entourage soit dérouté. Jésus
exprime sa propre identité, notamment par une grande liberté envers Dieu.
Sa réponse à Marie est radicale : « Ne saviez-vous pas que je dois être dans la
maison de mon Père ? »
Appeler Dieu « mon Père », dans ce contexte, est
radicalement nouveau pour un juif. C'est très osé. Par ses paroles et ses
actes, Jésus remet en question ce que ses parents pensent de lui, pour les
amener plus loin. Ils savent que Dieu est avec lui, mais ont-ils compris
qu'il était pleinement Dieu lui-même ? Qu'en lui se réalisait l'incarnation du
Dieu parfait ?
Ils ont mis du temps à s'apercevoir qu'il n'était plus là.
J’y vois le signe que Dieu, en Jésus, s'est incarné au point de faire
oublier sa divinité à ses parents. Cet enfant sage, dans cette famille
sage, faisait passer Dieu, le Dieu vivant, le Dieu Tout Autre, presque
inaperçu.
Cela peut nous arriver à nous aussi. Comme l'émancipation
de Jésus a remis en question ce que Joseph et Marie croyaient savoir sur lui, Dieu
vient régulièrement nous bousculer. Il nous invite à nous défaire des
images que nous nous faisons de lui, pour le découvrir toujours plus tel qu'il
est : le vrai Jésus, le Jésus vivant, d'une façon sans cesse nouvelle.
Dans les failles que créent les crises, Dieu
veut faire entrer sa vie, toujours nouvelle, et nous amener dans une relation
plus profonde, plus vivante avec lui.
Ainsi, jusqu'au bout Marie a été bousculée. Elle s'est
inquiétée pour son fils – même pour sa santé mentale, quand elle ne comprenait
plus ce qu’il faisait ! Son cœur a été plusieurs fois « transpercé » par
l'épée de la douleur. Mais peu à peu, il lui a été donné de découvrir dans
son fils le véritable visage de Dieu, jusqu'à accueillir son Esprit en elle,
avec les autres disciples, au moment de la Pentecôte[1].
Que retenir de ce
passage en ce jour de baptême ?
D'abord, que le Dieu que nous cherchons en Jésus-Christ est
un Dieu vivant, et que c’est lui qui donne sens à ce rite, qui n’a pas de
pouvoir en lui-même.
Ce Dieu vivant cherche une rencontre vivante et
authentique avec chacun d'entre nous.
Ce passage nous appelle aussi à prendre position, comme
Jésus l'a fait. Le baptême est l'expression de cette prise de position
personnelle, devant Dieu et devant les hommes. Devant les parents, G. et
T. !
Ce qui compte, ce n'est pas de se conformer à des schémas,
aux attentes du groupe, de l'Église ou même des parents. C'est de choisir
Dieu librement, de tout son cœur.
Le baptême exprime cela, le choix de faire confiance à Dieu
et de lui obéir, avec confiance et amour.
Recevoir le baptême, c'est manifester cette
confiance simple
: « Seigneur, je te confie ma vie, fais-en ce que tu souhaites. ». Dans notre
tradition protestante évangélique, nous croyons que le baptême n’a pas de
pouvoir en lui-même, sinon par ce qu’il exprime, une foi personnelle dans le
Dieu de Jésus-Christ, une mort à notre vie sans Dieu, et une nouvelle
naissance, par sa grâce manifestée à la croix, par la vie de l’Esprit, dans
l’amour du Père.
G., T. et B. : par le baptême, vous allez dire
votre foi et votre désir de suivre Jésus, de lui obéir.
Que ce baptême soit pour vous le signe que vous
n’êtes plus seulement des enfants de vos parents ou de votre histoire, mais des
enfants de Dieu, libres et aimés.
Pour nous tous, c’est un encouragement : gardons
nos cœurs ouverts, notre foi vivante, osons faire des pas en avant avec Dieu.
Ne vous inquiétons pas si notre foi est bousculée : Dieu est fidèle et il va
continuer à nous révéler des choses nouvelles et profondes !
Que ce jour de baptême soit pour nous tous l’occasion de lui
dire, d’une façon nouvelle : « Seigneur, je veux continuer à marcher avec toi,
je te confie ma vie, fais-en ce que tu souhaites ».
Amen
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