Prédication du 6 septembre 26 - Psaume 27.8 - Chercher la face de Dieu
Le thème que nous avons choisi comme « fil rouge » cette année, c’est : « montre-moi ton visage ! ». Une parole du Cantique des cantiques qu’on retrouve dans le psaume d’aujourd’hui.
Montre-moi ton visage : invitation à se rencontrer les uns les autres, au sein de l’Église et au-delà, à se rencontrer entre frères et sœurs en humanité, ce qui représente un beau témoignage rendu au Christ en ce temps de repli et de méfiance.
Montre-moi ton visage : invitation aussi à une démarche de vérité – montrer qui l’on est vraiment, au-delà de nos masques
Montre-moi ton visage : une prière, enfin, un désir exprimé à Dieu, de le rencontrer d’une façon nouvelle, vivante.
C’est sur ce dernier aspect que nous arrêterons ce matin, en écho avec le psaume 27. Nous explorerons les autres dimensions au cours de l’année, sous différentes formes – artistiques notamment… (cf cimaises).
Montre-moi ton visage : on entend cette prière du psalmiste, donc, dans le verset 8 ici :
« Je pense à ce que tu as dit : « Cherchez mon visage ! Seigneur, c'est ton visage que je cherche. » (Psaume 27.8)
Comment comprendre concrètement cette invitation de Dieu, « cherchez mon visage » ? En quoi cela peut-il nous rejoindre aujourd’hui, et nourrir notre chemin de foi en cette rentrée ?
Chercher la face de Dieu
« Tu as dit : « Cherchez mon visage ! ». Je me suis demandé quand Dieu avait dit cela, précisément ?
En réalité, David ne cite pas une parole unique et précise, il résume plutôt un appel qui résonne de différentes manières dans la Bible hébraïque. En faisant alliance avec les humains, à travers Abraham, puis Moïse, puis David… Dieu les invite à le « chercher », à « chercher sa face » -ex : Deutéronome (4:29) : « tu chercheras l'Éternel, ton Dieu, et tu le trouveras, si tu le cherches de tout ton cœur ».
"Cherchez ma face/mon visage" : les termes hébreux utilisés ici pour exprimer cette idée ont un sens très fort, très profond : le verbe traduit par « chercher » contient l’idée de le faire activement, de faire tous ses efforts pour cela – expression d’un désir profond, qui mobilise la volonté.
N’est-ce pas ce qui est au cœur de toute recherche spirituelle sincère – aller à la découverte de « l’au-delà » de soi, de celui qui origine et but de toute chose ?
Pourquoi « cherchez ma face » et pas juste « cherchez moi » ? Déjà, le terme panim traduit par "face/visage" a pour racine l'idée de "se tourner vers" (panah — tourner, faire face à). Il contient déjà l’idée d’un mouvement vers.
Et puis dans la pensée hébraïque, panim a un sens très riche et complexe. On le retrouve dans l’expression panim el panim, « face à face ». Du dialogue entre Dieu et Moïse à la pensée du philosophe juif Emmanuel Levinas, ce mot a traversé l’histoire. Levinas fait de la rencontre avec le « visage de l’autre l’expérience fondatrice de l’humanité : plus qu’un simple tête-à-tête, il s’agit de faire, devant autrui, l’expérience de notre appartenance à la communauté des hommes.
De fait, le panim de quelqu'un représente sa présence personnelle et immédiate (pas une idée abstraite de lui), ainsi que sa faveur et son attention bienveillante, avec l’idée d’intimité relationnelle — voir la face de quelqu'un, c'est être en relation directe avec lui.
D’où le « montre-moi ton visage » de l’amoureuse à son amant dans le Cantique des cantiques.
A l’inverse, "cacher sa face" signifie que Dieu retire sa faveur ou sa présence.
Ainsi donc, l’idée de « chercher le visage » de Dieu lie sa présence et sa bénédiction, comme dans la prière des Nombres : « que l’Éternel te bénisse et te garde, qu’il tourne son visage vers toi »…
Chercher sa face, alors, c'est essentiellement demander que cette bénédiction des Nombres se réalise concrètement, pour nous, que Dieu, en nous faisant le cadeau de sa présence, nous ouvre en même temps à l’amour dont il est la source.
Chercher sa face, ce n'est pas seulement croire qu'il existe — c'est vouloir sa présence, activement, comme on cherche quelqu'un qu'on aime et qu'on ne veut pas perdre de vue. Quels « moments de qualité » allons-nous prioriser pour chercher la face de Dieu ?
En ce temps de rentrée, nous avons déjà commencé à remplir les agendas – le nôtre, celui de l’Église… Il y a le RDV du dimanche, déjà : un espace à part pour chercher la face de Dieu ensemble, nous soutenir dans cette recherche.
Et dans le reste de notre temps, avons-nous intégré des espaces pour continuer à chercher Dieu ? Le risque serait de continuer à croire sans plus chercher, de vivre seulement sur les réserves du passé – sans plus chercher ce Dieu vivant dont la présence est toujours nouvelle, et nous renouvelle.
Comment concrètement « chercher la face de Dieu » ? Explorons trois pistes maintenant.
Chercher la face de Dieu : mobiliser notre volonté dans la prière
Premièrement, c’est dans la prière que Dieu nous invite à le chercher. Ça paraît évident… pourtant on peut facilement prier sans chercher la présence de Dieu. Prier centré sur nos demandes, nos besoins. Prier comme on envoie un sos dans une bouteille à la mer.
Chercher le visage de Dieu implique que nous interrompions le flot de nos demandes pour faire silence, tourner notre attention vers lui, vers sa présence, et l’écouter.
Pour cela il nous faut nous taire « intérieurement », donc, et aussi croire que Dieu est proche, qu’il est là, pour nous, maintenant. Passer de « Dieu est là » à « tu es là ». Je crois que David parle de cela lorsqu’il parle « d’habiter dans la maison de l’Éternel » : il ne s’agit pas d’habiter dans l’église ! Mais de se mettre au calme pour se tenir présent devant Dieu, penser à qui il est, porté peut-être par les images de Sa Création, de l’espace… Et en même temps, nous nous approchons d’un Dieu qui est en nous, « plus intime à nous que nous-mêmes », disait Saint Augustin. Par son Esprit, il est en nous et autour de nous. Nous pouvons commencer par lui dire que nous désirons sa présence, puis rester quelques instants en silence, à l’écoute.
Dans le jargon, on parle d’adoration. De contemplation. C’est cela : se placer devant Dieu et penser à lui, juste pour lui, sans demande.
Expliquer la prière de contemplation.
Même s’il ne se passe rien, ce sont des moments bénis, bienfaisants, car Dieu qui habite en nous se réjouit que nous cherchions sa face. C’est comme ça que Moïse retrouvait Dieu dans la tente de la rencontre, face à face, « comme un ami parle à son ami ». Avec les amis, parfois, on est juste bien ensemble, sans parler ! Grâce à Jésus, nous avons la promesse d’un « libre accès » à la présence de Dieu. Elle nous est toujours ouverte, c’est plutôt nous qui sommes absents, trop absorbés, trop pris.
Chercher Dieu dans la prière, donc, implique d’y mettre toute notre volonté. De cesser de dire « je voudrais bien… » pour faire de la place, enlever certaines choses qui nous « prennent » trop et chercher activement ! Quelqu’un a écrit :
« ce que Dieu attend de toi, c’est que tu dises enfin « je veux », non pas en soupirant, mais en y mettant toute ta bonne volonté. C’est comme cela que l’essentiel sera fait, c’est-à-dire que la direction sera prise, même si tu n’es pas encore capable de réaliser pleinement cette orientation »[1].
Qu’allons-nous changer aujourd’hui pour être plus libres et engagés dans cette recherche ?
Chercher la face de Dieu en Jésus-Christ
Deuxièmement, chercher la face de Dieu ne signifie pas forcément chercher une expérience de rencontre sensible, émotionnelle, mystique. Certainement que si nous le cherchons de tout notre cœur dans la prière, le Seigneur nous fera le cadeau de « consolations » sensibles, de moments particuliers de communion avec lui. Paul fait une allusion pudique à cette expérience qu’il a vécue – « élevé au 7e ciel ». Le parler en langue peut en être une des manifestations, la paix, la joie…
Mais de façon certaine, c’est dans la personne de Jésus que nous pouvons contempler Dieu le plus nettement : « celui qui m’a vu a vu le Père », dit Jésus dans l’Évangile de Jean.
Sœur Myriam a une belle formule pour cela : « Dieu s’est fait visage ».
Pour nous, cela signifie que l’on peut rencontrer Jésus à travers les Écritures, qu’elles sont le lieu où l’on peut, réellement, chercher et rencontrer ce visage — en particulier dans les Évangiles, où le visage du Christ nous donne à voir celui du Père.
Cela implique d’aborder le texte biblique non pas seulement comme un moyen de nous informer à propos de Dieu, mais de le rencontrer de façon vivante, de l’entendre nous parler personnellement, maintenant.
Expliquer comment, concrètement.
Encore une fois, mettons à part des temps pour vivre cela. En Église, nous proposons déjà, en plus du culte, la halte prière, la Bible et nous, et les petits groupes, pour chercher la face de Dieu dans les Écritures.
Et le faire ensemble : car Dieu se laisse aussi voir dans le visage de nos frères et sœurs, de notre prochain… il se rend présent aussi à travers les autres chrétiens en qui habite l’Esprit de Jésus, et qui peuvent être pour nous visage du Christ !
Nous reviendrons plus tard sur cette dimension horizontale.
Chercher la face de Dieu avec persévérance
Pour finir, nous savons bien que chercher Dieu n’est pas toujours un chemin facile.
Ça ressemble souvent à une lutte avec Dieu : il arrive qu’on le cherche… avec colère, parce qu’on ne comprend pas ce qu’il nous fait vivre, ce qu’il veut, ce qu’il fait !
Il arrive qu’on le cherche… parce qu’on doute de sa présence, et ça fait aussi partie du chemin de la foi :
7Écoute-moi, Seigneur, je t’appelle ! Aie pitié de moi, réponds-moi !
8Je pense à ce que tu as dit : « Cherchez mon visage ! »
Seigneur, c’est ton visage que je cherche.
9Ne me cache pas ton visage, ne me repousse pas avec colère !
Ces mots n’expriment pas la tranquille assurance d’une foi sans nuages, une lutte contre le doute, le découragement, un appel, une supplication… pleine de foi !
Chercher la face de Dieu, ce sera aussi arrêter de regarder à nos limites ou nos forces, nos échecs ou nos réussites… pour nous appuyer sur les forces de Dieu. Sans nous décourager si nous n’obtenons pas tout de suite les « résultats » que nous souhaitons.
Ce qui est magnifique, c’est que c’est Dieu, le premier, qui désire notre présence ! « « Je pense à ce que tu as dit : « Cherchez mon visage ! Seigneur, c'est ton visage que je cherche ». Nous ne faisons que répondre à son invitation. En plus, son Esprit offre d’inspirer nos prières, de porter notre foi… alors persévérons en nous appuyant sur lui, sur sa fidélité.
De façon générale, chercher Dieu devrait être le but de notre vie d’Église – chercher Dieu ensemble, et inviter les autres à le chercher avec nous > sujet de vigilance, source d’inspiration pour de nouvelles idées ?
Que cette rentrée soit donc, pour chacun de nous, l'occasion de renouveler cette recherche. Comme pour David ici, même à travers les épreuves, le chaos, le bruit du monde, Dieu notre Père bienveillant saura se rendre présent pour nous, parce qu’il nous aime et désire notre présence.
Amen
1. Défi 1 : Cette semaine, réserver un moment pour me mettre devant Dieu dans le silence, sans parler, pendant 5 minutes, et penser à qui il est. Finir en le louant pour qui il est.
2. Défi 2 : Cette semaine, lire quelques passages des Évangiles en se concentrant sur ce que Jésus révèle du « visage » de Dieu. Louer Dieu pour ce qu’il me révèle de lui dans les actes, les paroles… de Jésus.
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