Prédication du 11.10.26 - Prier pour les malades, un défi à relever - Jacques 5.13-18

 



Pour commencer, osons poser une question que plusieurs se posent peut-être dans le secret de leur cœur, sans oser le faire à haute voix :

Face à la maladie, y a-t-il vraiment du sens à prier ?

À une époque où l'équilibre de nos vies semble dépendre plus que jamais des compétences et du dévouement du corps médical… faut-il encore prier pour les malades, prier pour que Dieu les guérisse ?

Le sujet est délicat, car il touche au vécu de chacun. Sujet de foi et d'enthousiasme pour les uns (Dieu guérit encore aujourd'hui, pourquoi ne prions-nous pas avec plus de foi ?), sujet de trouble pour d'autres, voire de rejet ou lié à des expériences douloureuses, des déceptions, des incompréhensions.

Approchons-nous-en humblement ce matin, avec l'un des rares textes du Nouveau Testament qui dit ce que l'Église doit faire face à la maladie. La lettre de Jacques est un écrit très concret, qui met ses lecteurs au défi de passer leur foi à l'action.

Que Dieu, par sa Parole, ouvre nos cœurs et nos intelligences à sa volonté pour nous aujourd'hui.

Lecture : Jacques 5.13-18


13Quelqu'un parmi vous est-il dans la souffrance ? Qu'il prie. Quelqu'un est-il dans la joie ? Qu'il chante. 14Quelqu'un parmi vous est-il malade ? Qu'il appelle les anciens de l'Eglise, et que ceux-ci prient pour lui en faisant sur lui une application d'huile au nom du Seigneur. 15Le souhait de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le relèvera ; s'il a commis des péchés, il lui sera pardonné. 16Reconnaissez donc vos péchés les uns devant les autres et souhaitez-vous du bien les uns aux autres, pour que vous soyez guéris.

La prière du juste, mise en œuvre, a beaucoup de force. 17Elie était un être humain, de la même nature que nous : il pria avec instance pour qu'il ne pleuve pas, et il ne tomba pas de pluie sur la terre pendant trois ans et six mois. 18Puis il pria de nouveau ; alors le ciel donna de la pluie et la terre produisit son fruit.

 

Ce texte décrit « l'onction d'huile », appelée autrefois « extrême onction » dans l'Église catholique, aujourd'hui « sacrement des malades ». Une pratique longtemps réservée aux mourants, alors que le texte n'en dit rien : « Quelqu'un parmi vous est-il dans la souffrance ? Qu'il prie. » Les formes de souffrance sont multiples, et l'appel à la prière ne fait aucune distinction.

Face à la maladie, l'Église est donc bel et bien appelée à prier. Mais dans quel esprit, et dans quel but ?

La maladie, une réalité à vivre avec Dieu

Jacques n'aborde pas les nombreuses questions qui nous travaillent dès qu'il s'agit de guérison. Aujourd'hui, certains prédicateurs affirment que la maladie n'a pas sa place dans la vie d'un vrai chrétien, que le Saint-Esprit doit forcément nous guérir, que ce n'est qu'une question de foi.

Une question de foi, oui, dit Jacques, nous y reviendrons. Mais rien ici ne laisse entendre que la maladie, chez des chrétiens, soit anormale. C'est simplement une réalité à accueillir avec courage et avec le Seigneur, dans la foi et l’espérance.

Tous les auteurs du Nouveau Testament partagent cette position. Les guérisons et les miracles sont des signes de l'irruption du Royaume de Dieu, ce qui explique leur fréquence dans le ministère de Jésus et des apôtres. Mais ce Royaume n'est pas encore pleinement établi : la création elle-même est malade du péché, qui a fait entrer la mort et la maladie dans nos existences. La mort sera même le « dernier ennemi » vaincu au retour du Christ, dit Paul en 1 Corinthiens 15.

En attendant, la maladie fait partie de l'existence humaine. Paul, qui a lui-même guéri des malades, semble avoir souffert d'affections chroniques, et il en parle très simplement. Pas de promesse de guérison systématique, pas de jugement sur ceux qui manqueraient de foi, mais de l'amour, de l'espérance et de la compassion.

Prier pour les malades : mettre la foi en action

C'est d’ailleurs pour soutenir la foi, l'espérance et l'amour au sein de l'Église que l'onction d'huile est prescrite : pour que nous affrontions la maladie en communion, sans cesser d'espérer en Dieu, de croire qu'il peut guérir et de lui demander de le faire.

Un mot sur ce rite. Le malade appelle les responsables de l'Église, qui viennent à son chevet prier avec lui et poser de l'huile sur sa blessure, sur sa tête, selon la maladie. Comme la Cène, cette pratique est le signe matériel de promesses de Dieu. Dans la Bible, l'huile représente la joie, l'élection, le don de l'Esprit ; à l'époque, elle servait aussi de remède. L'onction est donc une aide pour la foi, car nous avons besoin de signes concrets, comme le pain, le vin ou l'huile, pour nous approprier des promesses spirituelles.

Mais c'est bien la prière communautaire qui reste ici l'élément central.


Des promesses associées à la prière

Que peut-on attendre, espérer de cette prière ? C'est sans doute l'un des points où notre foi est le plus éprouvée : ose-t-on prier pour la guérison ?

Première promesse : « Le souhait de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le relèvera ; s'il a commis des péchés, il lui sera pardonné » (v. 15).

Deuxième promesse, faite à la communauté : « Reconnaissez donc vos péchés les uns devant les autres et souhaitez-vous du bien les uns aux autres, pour que vous soyez guéris » (v. 16).

Comment comprendre la première promesse : Ce texte promet-il vraiment la guérison, ou seulement le pardon des péchés ? Et de quelle guérison parle-t-on ?

Nous pensons d'abord à la guérison du corps. Jacques, lui, aborde la personne de façon globale, conformément à la vision biblique : nous sommes corps, âme et esprit, de façon indissociable. Ce sont ces trois dimensions qui doivent être guéries pour un relèvement complet.

Voilà pourquoi péché et maladie sont ici associés. Non pour dire que si l'on est malade, c'est forcément qu'on a péché : Jésus a clairement refusé d'établir un lien systématique. Certes, ce lien existe parfois. Une vie sexuelle désordonnée peut conduire à la maladie, et la colère ou la rancune gardées peuvent rendre physiquement malade. Mais rien ne dit que Jacques pense à cela.

Il se fait plutôt le messager d'une promesse de guérison pour la personne entière : nous pouvons légitimement espérer le rétablissement de nos corps, mais l'assainissement de nos cœurs et de nos pensées fait aussi partie de la santé. Guérison du cœur, de la mémoire, de l'image de soi, du rapport aux autres… Les temps de maladie sont propices au bilan et au recul : mettons-les à profit pour alléger nos consciences et accorder le pardon. Ce peut être un premier pas vers un mieux-être physique.

Ce mieux-être est-il la seule guérison à espérer ? La formule « le Seigneur le relèvera » ouvre de plus grandes perspectives. Elle renvoie d'abord à l'espérance de la résurrection, à l'entrée dans le Royaume où notre guérison sera complète : c'est d'abord une promesse pour la vie à venir.

Mais elle n'exclut pas un relèvement dès cette vie. Dieu peut accorder la guérison comme un gage, un avant-goût du Royaume.

C'est pourquoi il nous faut prier pour cette guérison, et prier avec la médecine (que Dieu dirige et inspire les soignants, qui portent aujourd'hui en Occident l'essentiel du « ministère de guérison »), mais pas seulement avec elle.
cf Ambroise Paré : « « Je le soignais, Dieu le guérit » 

Dieu est souverain. Il peut accorder une guérison immédiate et miraculeuse, ou progressive, avec ou sans médicaments. Il se peut aussi que la maladie s'aggrave. Dieu peut alors apaiser les souffrances, ou donner la force de son Esprit pour traverser l'épreuve dans la paix et la confiance. Quoi qu'il arrive, cela ne dit rien de la qualité de son amour : il aime, toujours, pleinement, mystérieusement.

Demander la prière, un défi pour la foi du malade

Quelle que soit son évolution, la maladie met la foi à l'épreuve. C'est donc sur la foi que portent les enjeux de la prière : « Le souhait de la foi sauvera le malade » ; « La prière du juste, mise en œuvre, a beaucoup de force ».

Chacun est ici placé devant ses responsabilités.

Le malade d'abord à qui Jacques recommande de demander la prière et de chercher le soutien des autres dans la communion de l'Église. C'est déjà un acte de foi. Bien des choses peuvent nous retenir : la honte, la pudeur, la gêne d'être vu en position de faiblesse, couché sur un lit. Certains pensent aussi que s'il faut réclamer la prière, c'est que les autres ne font pas assez attention à eux. Pourtant, c'est bien au malade que Jacques donne l'initiative, dans une démarche de foi humble, et dans le respect de sa liberté : c’est lui qui sait s’il en a besoin ou pas.

Concernant la prière, celle-ci n'a jamais de puissance en elle-même : c'est Dieu qui est puissant, et tout dépend de lui. À nous de lui faire confiance. « Le vrai miracle, écrit un commentateur, consiste à prier dans une soumission totale au Père, mais également dans une confiance sans limite dans sa puissance. »

Voilà un beau défi ! Même si la maladie met notre foi à mal et nous fait douter de l'amour de Dieu, nous sommes appelés à prendre le risque de la confiance. Voilà ce qui fait la force de la prière du « juste » : appuyer notre faiblesse sur sa puissance, déposer nos « pourquoi » dans sa main.

Un défi pour la communauté

À côté du malade, la communauté est aussi mise au défi dans sa foi : à elle de s'engager à ses côtés pour manifester à ceux qui souffrent la présence de Dieu – son « visage ». La délégation des responsables (pasteur, membres du conseil…) qui prie et fait l'onction représente la communauté tout entière, qui, pendant ce temps, s'est mise en prière pour entourer, soutenir, aimer.

Pour elle aussi, une bénédiction est promise : « Reconnaissez donc vos péchés les uns devant les autres et souhaitez-vous du bien les uns aux autres, pour que vous soyez guéris. » Au chapitre précédent, Jacques a dénoncé les péchés relationnels qui rendent les communautés malades : médisance, jalousie… L'onction d'huile est aussi l'occasion d'une repentance collective et d'une réconciliation, pour que la communion soit restaurée et que tous aillent mieux.

L'Église n'est alors plus divisée entre bien portants et malades, mais tout entière rassemblée devant Dieu, dépendante de sa grâce, dans l'attente de la guérison. À genoux, dans l'humilité, elle devient le lieu d'une guérison possible : des corps, des cœurs, des relations, libérés de l'orgueil, de l'individualisme, de tout ce qui fait obstacle à la foi, à l'espérance et à l'amour.

Ø  

Conclusion

Que nous soyons malades ou en bonne santé, Jacques nous met tous au défi : mettons notre foi en action. Osons demander la prière pour nous-mêmes, ou soutenons ceux qui traversent la souffrance. Prions pour la guérison avec simplicité et humilité, sans tout maîtriser ni tout comprendre, en exposant notre vulnérabilité. Prions les uns pour les autres parce que Dieu nous le demande, en cherchant la communion entre nous. Quand nous nous rassemblons pour prier, Christ est là, au plus près de nos souffrances et de nos combats.

Que le Seigneur nous conduise dans ce domaine et nous fasse comprendre ce que nous devons comprendre, pour saisir les bénédictions qu'il nous réserve. Qu'il vienne en aide à notre manque de foi, d'espérance et d'amour, et nous ouvre dès aujourd'hui à la joie du Royaume à venir.

Amen.

 

Prière :

Tombe dans les mains de Dieu

Avec ta faiblesse et ta douleur.

En cette épreuve de pauvreté,

Tu prends part

A toutes les détresses de la terre,

Et la douceur du Christ t’accompagne.

 

Communie à son corps et à son sang.

 

Remets-toi à la prière de la communauté

Et de ceux qui t’aiment.

La prière de la foi demande toujours que l’homme soit guéri corps et âme,

Et Dieu peut te guérir, te fortifier,

Te consoler par l’intercession

De tes frères.

La maladie est révélateur d’amour,

Et de compassion

Elle devient une grande expérience de vie.

 

Si la mort doit te surprendre,

Si son mystère doit nous étreindre,

Qu’il ne nous écrase pas mais nous appelle

A l’aujourd’hui de la miséricorde

Nous sommes gens de passage,

Mais au cœur du cœur

Une mémoire vivace

Chante ce qui est éternel.

 

Questions pour la discussion en groupe

v.15-16 : Comment comprenez-vous le lien entre péché et guérison dans ce passage ? 

v.16 : Comment la communauté peut-elle être guérie elle aussi, en se mettant en prière autour d’un malade ?

Comment comprenez-vous la place de la foi dans la prière pour les malades ?

Avez-vous déjà vécu, pratiqué, assisté à une onction d’huile ? Partagez vos expériences.

Qu’est-ce qui pourrait vous retenir de solliciter la prière des autres chrétiens ?

« Je le soignais, Dieu le guérit » : comment cette parole d’Ambroise Paré résonne-t’elle avec ce passage ? Personnellement, comment voyez-vous votre responsabilité dans le domaine du soin ? Comment la vivez-vous avec Dieu ?

Prier pour la guérison vous semble-t-il contradictoire avec le fait de s’appuyer sur la médecine ?

 

 

 

 

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